‹ Théâtre choisi de J. de Rotrou (volume 2)Chapitre 84 sur 183 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

THEODORE, seule.

O raison égarée ! ô raison suspendue, Jamais trouble pareil t'avoit-il confondue ? Sottes présomptions, grandeurs qui nous flattez. Est-il rien de menteur comme vos vanitez ? Le duc aime Cassandre , et j'estois assez vaine Pour reputer mes yeux les autheurs de sa peine. Et, bien plus, pour m'en plaindre et les en accuser, Estimant sa conqueste un heur à mépriser.

Le duc ayme Cassandre ! Et quoy ! tant d'apparences, Tant de subjections, d'honneurs, de déférences, D'ardeurs, d'attachemens, de crainte, de tributs, N'offroient-ilsàmesloix qu'uncœurqu'il n'avoitplus? Ces souspirs, dont cent fois la douce violence. Sortant désavouée, a trahy son silence.

Ces regards par les miens tant de fois rencontrez. Les devoirs, les respects, les soins qu'il m'a monstrez, Provenoient-ils d'un cœur qu'un autre objet engage? Sçais-je si mal d'amour expliquer le langage? Fais-je d'un simple hommage une inclination? Et formay-je un fantosme à ma présomption? Mais, insensiblement renonçant à moy-mesme, J'avoaeray ma défaite, et je croiray que j'ayme : Quand j'en serois capable, aimerois-je où je veux? Aux raisons de l'Estat ne dois-je pas mes vœux? Et ne sommes-nous pas d'innocentes victimes Que le gouvernement immole à ses maximes? Mes vœux, en un vassal honteusement bornez, Laisseroient-ils pour luy des rivaux couronnez? Mais ne me flaie point, orgueilleuse naissance. L'amour sçait bien sans sceptre establir sa puissance. Et, sousmettant nos cœurs par de secrets appas, Fait les égalitez et ne les cherche pas ; Si le duc n'a le front chargé d'une couronne, C'est luy qui les protège, et c'est luy qui les donne. Par quelles actions se peut-on signaler. Que...

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