ACTE III, SCENE V
Declarez-luy l'objet que vous considérez, Je ne vous défends plus l'heur où vous aspirez, Et de vostre valeur verray la recompense, Comme sans interest, aussi sans répugnance.
Le Duc.
Mon espoir, avoué par ma témérité, Du succez de mes vœux autrefois m'a flatté; Mais, depuis mon malheur d'estre en vostre disgrâce. Un visible mespris a destruit cette audace; Et qui se voit des yeux le commerce interdit Est bien vain s'il espère et vante son crédit.
Le Prince.
Loin de vous desservir et vous estre contraire, Je vais de vostre hymen solliciter mon père; J'ay desja sa parole, et, s'il en est besoin, Prés de cette beauté vous offre encor mon soin.
Le Duc.
En vain je l'obtiendray de son pouvoir supresme, Si je ne puis encor l'obtenir d'elle-mesme.
Le Prince.
Je croy que les moyens vous en seront aisez.
Le Duc.
Vos soins en ma faveur les ont mal disposez.
Le Prince.
Avec vostre vertu ma faveur estoit vaine.
Le Duc.
Mes efforts estoient vains avecque vostre haine.
Le Prince.
Mes interests cessez relèvent vostre espoir.
Le Duc.
Mes vœux humiliez révèrent mon devoir; Et l'ame qu'une fois on a persuadée
A trop d'attachement à sa première idée Pour reprendre si tost l'estime ou le mespris, Et guérir aisément d'un degoust qu'elle a pris.