SCENE II. EPHYTE, HEMON
Ephyte.
D'autres, pour vous flater d'un inutile espoir, Vous diroient que le temps le pourroit émouvoir; Mais moy qui suis sensible à tout ce qui vous touche, Qui, mauvais courtisan, ay le cœur sur la bouche, Je ne vous puis farder ce funeste rapport : C'est fait de la princesse, il a signé sa mort.
Hemon.
C'est fait de la princesse ! Ha! force, ma colère, Force icy tout respect et de fils et de père. Venez, rages, transports si longtemps repoussez. Ce bourreau de son sang vous authorise assez; Venez, et de sa teste arrachez la couronne ; Chassons d'autour de luy l'éclat qui l'environne.
i5o ANTIGONE.
Faisons tomber son throsne et périr son Estât, Si lâche partisan d'un si lâche attentat. Pardonnes mes transports, respect, devoir, naissance : Je sçay que je m'emporte et que je vous offense; Mais vous voyez qu'on meurt pour trop suivre vos loix. Qu'on en acquiert la gloire et la mort à la fois; L'honneur qu'on porte aux siens devient illégitime, Et trop de naturel passe aujourd'hui pour crime.
Ephyte.
J'attendois bien de vous ce premier mouvement. Je ne puis condamner vostre ressentiment; Mais, Seigneur, la princesse, encor pleine de vie, N'a pas de ce cruel la fureur assouvie.
Hemon.
Quel est donc son arrest?
Ephyte.
Il commet à la faim , Invisible bourreau, cet office inhumain.
Et dessous Cyteron l'a fait enfermer vive. Attendant qu'une mort de tant de morts la prive.
Hemon.
Mais rien n'esbranle-t'il sa resolution?
N'as-tu rien oublié de ta commission?
L'as-tu fait souvenir que c'est de sa main mesme Que je tiens cet objet de mon amour extrême; Que ce qu'il a fait naistre, il deust l'entretenir; Qu'il a luy-mesme joint ce qu'il veut desunir ? Sçait-il que je m'avoue un peu trop téméraire, Et que je me veux mal d'avoir pu luy déplaire ; Que je n'ignore pas l'honneur que je luy dois, . Mais que le desespoir luy parloit par ma voix ; Qu'il doit considérer le feu qui me dévore,