‹ Théâtre choisi de J. de RotrouChapitre 119 sur 186 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

HEMON SEUL.

Par cette invention deffait de sa présence

Autant que je le suis de la vaine espérance

De pouvoir profiter de cet abaissement.

Secourons l'innocence, et généreusement.

Ha ! pourquoy n'est quelqu'au tre autheur de cet outrage,

Contre qui mon amour pût monstrer mon courage ?

i52 ANTIGONE.

En quelle occasion ne l'irois-je esprouver?

Et que ne tanterois-je afin de la sauver?

Mais, ô loy du devoir! importune contrainte

Le nom de l'ennemj deffend mesme la plainte :

On m'arrache la vie, et tel est mon destin,

Qu'il faut encor baiser le bras de l'assassin;

Il faut souffrir sans rendre, il faut voir et se taire,

Et, pour toute raison, qui m'attaque est mon père.

Ne punissons donc point, mais repoussons les coups,

Et, ne l'attaquant pas, au moins deffendons nous :

Que son bras, s'il se peut, nous immole à sa haine,

Mais, s'il se peut aussi, faisons qu'elle soit vaine;

Forçons l'antre funeste où l'on tient enfermé

Ce miracle d'amour, ce chef-d'œuvre animé :

Pour un si beau dessein il n'est porte trop close.

Allons, et, si quelqu'un à nos efforts s'oppose.

Egalement épris de colère et d'amour.

Ou faisons qu'il y laisse, ou laissons-y le jour.

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