ACTE II, SCENE VII
Flavie.
Quoy ! vous n'ouvrirez point l'oreille à mes advis, Aux soupirs de la cour, aux vœux de vos amis, A l'amour de César, aux cris de Natalie, A qui si récemment un si beau nœud vous lie? Et vous voudriez souffrir que dans cet accident Ce soleil de beauté treuvât son occident? A peine, depuis l'heure à ce nœud destinée, A-t'elle veu flamber les torches d'Hymenée ; Encor si quelque fruict de vos chastes amours Devoit après la mort perpétuer vos jours! Mais vous voulez mourir avecque la disgrâce D'éteindre vostre nom avecque vostre race, Et, suivant la fureur d'un aveugle transport, Nous estre tout ravy par une seule mort 1 Si vostre bon génie attend l'heure opportune, Sçavez-vous les emplois dont vous courez fortune? L'espoir vous manque-t'il? et n'osez vous songer Qu'avant qu'estre empereur Maximin fut berger? Pour peu que sa faveur vous puisse estre constante. Quel défaut vous défend une pareille attente ? Quel mépris obstiné des hommes et des dieux Vous rend indifférents et la terre et les Cieux, Et, comme si la mort vous estoit souhaittable, Fait que pour l'obtenir vous vous rendez coupable. Et vous faites César et les dieux ennemis ? Pesez-en le succez d'un esprit plus remis; Celuy n'a point péché, de qui la repentance Témoigne la surprise et suit de prés l'offence.
Adrian.
La grâce dont le Ciel a touché mes esprits M'a bien persuadé, mais ne m'a point surpris ;
Et, me laissant toucher à cette repentance , Bien loin de reparer, je commettrois l'offence. Allez, ny Maximin, courtois ou furieux, Ny ce foudre qu'on peint en la main de vos dieux, Ny la cour, ny le trône, avecque tous leurs charmes, Ny Natalie enfin avec toutes ses larmes, Ny l'univers rentrant dans son premier cahos. Ne divertiroient pas un si ferme propos.
Flavie.
Pesez bien les effets qui suivront mes paroles.
Adrian.
Ils seront sans vertu comme elles sont frivoles.
Flavie.
Si raison ny douceur ne vous peut émouvoir. Mon ordre va plus loin.
Adrian.
Faites vostre devoir.
Flavie.
C'est de vous arrester et vous charger de chaînes, Si, comme je vous dis, l'une et l'autre sont vaines.
Adrian, présentant ses bras aux fers, que les gardes luy attachent.
Faites, je recevray ces fardeaux précieux Pour les premiers presens qui me viennent des Cieux, Pour de riches faveurs et de superbes marques Du César des Césars et du roy des monarques ; Et j'iray sans contrainte où, d'un illustre effort. Les soldats de Jésus triomphent de la mort.
(Ils sortent tous.)