‹ Théâtre choisi de J. de RotrouChapitre 162 sur 186 · ACTE IV, SCENE II. 2i · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE II. 2i

D'un infaillible pas tu cours au précipice. J'avois veu, par l'espoir d'un proche repentir, De César irrité le courroux s'allentir; Mais, quand il a connu nos prières, nos peines. Les larmes de ta femme et son attente vaines (L'œil ardent de colère et le teint palissant) : « Amenez (a-t'il dit d'un redoutable accent), Amenez ce perfide, en qui mes bons offices Rencontrent aujourd'huy le plus lâche des vices; Et que l'ingrat apprenne à quelle extrémité Peut aller la fureur d'un monarque irrité. » Passant de ce discours, s'il faut dire, à la rage, Il invente, il ordonne, il met tout en usage , Et si le repentir de ton aveugle erreur N'en détourne l'effet et n'éteint sa fureur. .

Adrian.

Que tout l'effort, tout l'art, toute l'adresse humaine, S'unisse pour ma perte et conspire à ma peine, Celuy qui d'un seul mot créa chaque élément, Leur donnant l'action, le poids, le mouvement. Et prestant son concours à ce fameux ouvrage, Se retint le pouvoir d'en suspendre l'usage : Le feu ne peut brûler, l'air ne sçauroit mouvoir, Ny l'eau ne peut couler qu'au gré de son pouvoir; Le fer, solide sang des veines de la terre Et fatal instrument des fureurs de la guerre, S'émousse, s'il l'ordonne, et ne peut pénétrer Où son pouvoir s'oppose et luy défend d'entrer : Si César m'est cruel, il me sera prospère; C'est luy que je soutiens, c'est en luy que j'espère; Par son soin, tous les jours, la rage des tyrans Croit faire des vaincus et fait des conquerans.

ai6 SAINT GENEST.

Flavie.

Souvent en ces ardeurs la mort qu'on se propose Ne semble qu'un ébat, qu'un souffle, qu'une rose; Mais, quand ce spectre affreux sous un front inhumain. Les tenailles, les feux, les haches à la main. Commence à nous paroistre et faire ses approches, Pour ne s'effrayer pas il faut estre des roches , Et nostre repentir, en cette occasion, S'il n'est vain, pour le moins tourne à confusion.

Adrian.

J'ay contre les chrestiens servj long-temps vos haines, Et j'appris leur constance en ordonnant leurs peines. Mais, avant que César ait prononcé l'arrest, Dont l'exécution me treuvera toutprest, Souffrez que d'un adieu j'acquitte ma promesse A la chère moitié que Dieu veut que je laisse. Et que, pour dernier fruict de nostre chaste amour, Je prenne congé d'elle en le prenant du jour.

Flavie.

Allons, la pieté m'oblige à te complaire, Mais ce retardement aigrira sa colère.

Adrian.

Le temps en sera court, devancez moy d'un pas.

Flavie.

Marchons, le zèle ardent qui le porte au trépas Nous est de sa personne une assez seure garde.

Un Garde.

Qui croit un prisonnier toutefois le hazarde.

Adrian.

Mon ardeur et ma foy me gardent seurement; N'avancez rien qu'un pas, je ne veux qu'un moment.

(Ils s'en vont.)

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