ACTE IV, SCENE V. 2ï
De combattre la terre et conquérir les cieux.
Anthisme.
Sans besoin, Adrian, de cette eau salutaire, Ton sang t'imprimera ce sacré caractère ; Conserve seulement une invincible foy, Et, combattant pour Dieu, Dieu combattra pour toy. Adrian, regardant le ciely et rcsvant un peu longtemps, dit enfin :
Ha! Lentule ! en l'ardeur dont mon ame est pressée, Il faut lever le masque et t'ouvrir ma pensée ; Le Dieu que j'ay haï m'inspire son amour; Adrian a parlé, Genest parle à son tour! Ce n'est plus Adrian, c'est Genest qui respire La grâce du baptesme et l'honneur du martyre; Mais Christ n'a point commis à vos profanes mains
(Regardant au ciel, dont l'on jette quelques fiâmes.) Ce sceau mystérieux dont il marque ses saints ; Un ministre céleste, avec une eau sacrée. Pour laver mes forfaits fend la voûte azurée ; Sa clarté m'environne, et l'air de toutes parts Resonne de concerts et brille à mes regards.
{Il monte deux ou trois marches, et pasze derrière la tapisserie.) Descens, céleste acteur; tu m'attends! tu m'appelles! Attens, mon zèle ardent me fournira des aisles; Du Dieu qui t'a commis départs-moy les bontez.
Marcele, qui représentait Natalie.
Ma réplique a manqué, ces vers sont adjoûtez.
Lentule, qui faisoit Anthyme.
Il les fait sur le champ, et, sans suivre l'histoire, Croit couvrir en r'entrant son défaut de mémoire.
DiOCLETIAN.
Voyez avec quel art Genest sçait aujourd'huy Passer de la figure aux sentimens d'autruy.
Valérie.
Pour tromper l'auditeur, abuser l'acteur mesme , De son mestier, sans doute, est l'adresse suprême.