‹ Théâtre choisi de J. de RotrouChapitre 171 sur 186 · ACTE IV, SCENE VII. lay · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE VII. lay

Mon roole passe encor pour une fiction.

DiOCLETIAN.

Vostre desordre, enfin, force ma patience; Songez-vous que ce jeu se passe en ma présence ? Et puis-je rien comprendre au trouble où jevousvoy?

Genest.

Excusez-les, Seigneur; la faute en est à moy, Mais mon salut dépend de cet illustre crime ; Ce n'est plus Adrian, c'est Genest qui s'exprime; Ce jeu n'est plus un jeu, mais une vérité, Où par mon action je suis représenté , Où moy-mesme l'objet et l'acteur de moy-mesme , Purgé de mes forfaits par l'eau du sainct baptesme , Qu'une céleste main m'a daigné conférer, Je professe une loy que je dois déclarer. Escoutez donc, Césars, et vous, trouppes romaines, La gloire et la terreur des puissances humaines , Mais foibles ennemis d'un pouvoir souverain Qui foule aux pieds l'orgueil et le sceptre romain ; Aveuglé de l'erreur dont l'enfer vous infecte , Comme vous, des chrestiens j'ay détesté la secte , Et (si peu que mon art pouvoit exécuter) Tout mon heur consistoit à les persécuter; Pour les fuir et chez vous suivre l'idolâtrie , J'ay laissé mes parens, j'ay quitté ma patrie , Et fait choix à dessein d'un art peu glorieux Pour mieux les diffamer et les rendre odieux. Mais, par une bonté qui n'a point de pareille , Et par une incroyable et soudaine merveille Dont le pouvoir d'un Dieu peut seul estre l'autheur. Je deviens leur rival de leur persécuteur, Et soumets à la loy que j'ay tant reprouvée

Une ame heureusement de tant d'écueils sauvée, Au milieu de l'orage où m'exposoit le sort, Un ange par la main m'a conduit dans le port , M'a fait sur un papier voir mes fautes passées. Par l'eau qu'il me versoit, à l'instant effacées; Et cette salutaire et céleste liqueur.

Loin de me refroidir, m'a consommé le cœur. Je renonce à la haine, et déteste l'envie Qui m'a fait des chrestiens persécuter la vie; Leur créance est ma foy, leur espoir est le mien ; C'est leur Dieu que j'adore, enfin je suis chrestien; Quelque effort qui s'oppose en l'ardeur qui m'enflâme, Les interests du corps cèdent à ceux de l'ame ; Déployez vos rigueurs, brûlez, couppez, tranchez, Mes maux seront encor moindres que mes péchez; Je sçay de quel repos cette peine est suivie , Et ne crains point la mort qui conduit à la vie ; J'ay souhaité long-temps d'agréer à vos yeux, Aujourd'huy je veux plaire à l'empereur des cieux. Je vous ay divertis, j'ay chanté vos louanges , Il est temps maintenant de réjouir les anges; Il est temps de prétendre à des prix immortels. Il est temps de passer du théâtre aux autels; Si je Tay mérité, qu'on me mené au martyre. Mon roole est achevé, je n'ay plus rien à dire.

DiOCLETIAN.

Ta feinte passe enfin pour importunité.

Genest.

Elle vous doit passer pour une vérité.

Valérie.

Parle-t'il de bon sens?

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