‹ Théâtre choisi de J. de RotrouChapitre 55 sur 186 · SCENE IL ALCMENE, HERCULE, PHILOCTETE · texte numérisé non relu

SCENE IL ALCMENE, HERCULE, PHILOCTETE

Alcmene.

Voila donc ce vainqueur de la terre et de Tonde. O cruel changement! ô douleur sans seconde! O d'un jaloux soupçon espouvantable efîect, Et pareil au rapport qu'Agis nous en a faict!

Hercule.

Voyez où m'a réduit cet accident funeste, Voyez de vostre fils le déplorable reste, Contemplez le présent que vous tenez des cieux. Pourquoy de cet object destournez-vous les yeux? Est-ce que vous feignez d'ignorer ma naissance , Ou qu'à ce nom de fils vostre oreille s'ofîence? Cessant d'estre indomptable et d'estre triomphant, N'aurois-je point cessé d'estre aussi vostre enfant?

Alcmene, pleurant.

Quel Cerbère nouveau, quel monstre acherontide, Quel lion ou quelle hidre a triomphé d'Alcide?

Hercule.

Un monstre furieux, invincible, sanglant. Et de tous le plus fort et le plus violent.

Alcmene.

Mais quel?

Hercule.

La jalousie.

Alcmene.

O fureur insensée, Qu'à d'estranges desseins tu portes la pensée ! O détestable femme ! ô lasche trahison !

Hercule.

Alcide a vaincu tout et cède à ce poison. Ce feu ne cesse point, la toille qu'il allume, Attachée à ce corps, avec \uy se consume. En vain tout mon effort s'employe à l'arracher : Voila le sort du fils que vous eustes si cher.

Alcmene.

O déplorable sort !

Hercule.

Impuissant dieu des ombres.

Vieux monarque des morts, roy des demeures sombres, Lasche que j'affrontaj jusqu'au creux des enfers^ Qu'apprehendoit ton peuple et que faisoient tes fers, Que n'as-tu retenu sur tes affreuses rives Ce corps q.ui jusqu'à toy pousse ces voix plaintives! Ouvre encor à mes cris ton horrible manoir, Et fay qu'en cet estât l'enfer me puisse voir; La Mort ne craindra plus que ce bras la surmonte.

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