MADAME SENNEYILLE, RIFLARD, VERNON
Ah ! vous voilà ; j'étais sûr de vous trouver ensemble. Ne craignez rien, mon intention n'est pas de vous causer la moindre peine. Soyons divisés, ennemis entre nous, c'est rort bien; mais unissons-nous contre les étrangers qui viennent se mêler à nos débats; enfin nous sommes chez nous, et ce petit monsieur... Je viens vous avertir d'un petit incident qui se prépare; il n'y aura pas d esclandre ; mais toute la société est au fait : quand tout le monde sera retiré, votre oncle est absolument décidé à éconduire poliment ces deux voyageurs, qui ne sont pas faits pour être admis dans une société délicate, véritablement.
MADAME SENNEVILLE
Que vous ont-ils fait ces pauvres jeunes gens?
VERNON
Comment, madame ! ils sont admis, reçus, fêtés chez madame Guibert, qui est une personne fort ridicule, sans doute, mais il ne s'agit pas de cela
présentement, et ils se permettent de se moquer d'elle ; ils supposent je ne sais quel mariage.
ICADAMB SBNNBVILLE.
Convenez que ce prétendu mariage est fort gai, et que madame Guibert mérite bien...
RIFLARD
Oui, c'est fort gai ; mais voulez-vous que je so» leur jouet à mon tour? Nous avons des mdsurs dans notre ville, et nous devons être jaloux de conserver notre réputation.
Et cet autre aui fait le railleur ; n'y a-t-il pas dans Fauberge de la Poste une belle dame qui se cache à tout le monde, et qui a des entretiens avec lui?
MADAME SENNEVILLE
En vérité?
YERNOK.
Eh I mon Dieu I oui ; cela se sait déjà dans toute la ville. Fi donci deux libertins, deux mauvais sujets; je ne parle pas de la conduite qu'ils ont tenue avec ma sœur, avec moi.
MADAME SENNEVILLE
Ah! c'est une horreur. Mademoiselle Vernon est une si bonne personne, et j'aimerais tant à la voir heureuse I
VERNON
Ma sœur est une folle. Cependant, pour cet article, soyez tranquille, je ne m'endors pas , je suis en règle, et dès ce soir...
RIFLARD
Comment, madame, vous balancez. Décidezvous. S'ils logent chez vous ce soir, songez-y, vous ne me reverrez plus.
MADAME SENNEVILLE
Petit despote, vous voulez que je vous le sacrifie, je le vois ; il faut donc absolument que je prenne un parti... Eh bien! cela me coûte; je voudrais en vain le dissimuler.
RIFLARD
Ah ! vous êtes si bonne !
Chut! voilà l'ami qui s'avance.
AOTB IV» SOÈNB IV. 99