DURVILLE, DUHAUTCOURS, MADAME DURVILLE
MADAME DURVILLE
Entendez-vous, monsieur Crépon , la plume un peu plus penchée en avant, et cela sera divin', divin... Monsieur, je vous salue. Ah! mon ami, que j'aurai un joli bonnet! sans prétention, mais si élégant, si élégant...
DURVILLE
Je suis bien aise de vous voîr^ madame; j'allais passer chez vous ; c'est avec regret que je vous rannonce, mais la fête ne peut pas avoir lieu ce soir.
MADAME DURVILLE
Gomment! vous plaisantez sans doutel
DURVILLE
Non , je parle très sérieusement.
MADAME DURVILLE
Mais vous perdez donc la tête ! Eh 1 guoi , tous nos amis priés depuis huit jours I les billets d*invitalion distribués! les jardins déjà illuminés! et ma jolie parure que personne ne verrait ! C'est une horreur que vous ne permettrez pas.
DURVILLE
J*en suis fâché ; mais il faut envoyer à Tinstant chez tous nos amis, et leur mander qu'une affaire, un événement imprévu ne nous permet pas de les recevoir.
MADAME DURVILLE
A cette heure-ci, on ne trouvera personne. Vous voulez donc me faire mourir, me rendre malade ; je n'oserais plus me montrer nulle part.
DURVILLE
C'est une affaire qui m'oblige...
MADAME DURVILLE
Eh i monsieur, faites vos affaires et laissez-moi m'amuser ! Vos affaires m'importent fort peu ; je dois donner une fête et je la donnerai. Vous ne voudrez pas, j'espère, me contrarier pour une chose si raisonnable.
DURVILLE
Encore une fois, madame, j'ai un rendez-vous très important avec monsieur»
ISd DUHAUTCOURS.
MADAMB DURYILLB.
Avec monsieur? Eh bieûl monsieur ne nous fait-il pas l'honneur d'être de la fête? Vous ferez vos affaires daos votre cabinet sans que la compagnie s'aperçoive seulement de votre absence.
DUHAOTCOUaS.
Madame a raison.
MADAME DUR VILLE
C'est qu'il serait d'une indécence inouïe de ne pas recevoir les personnes invitées, surtout quand ce sont de certaines personnes : Dumont, le joui> iialiste, qui dit du mal de tout le monde, et que tout le monde s'arrache; la petite Dorlis, qui danse comme Psyché; le petit Précour, qui joue un jeu d'enfer, et qui perd toujours.
DUHAUTCOURS.
Il est certain que voilà des personnes à ménager.
DURVILLE
Mais, mon ami, vous savez bien...
DUHAUTCOURS.
Je sais que tout peut s'arranger suivant les désirs de madame; nous devons suivre en tout les volontés des dames.
DURVILLE , â Duhautcours,
Mais cependant...
DUHAUTCOURS, Ù Durville.
Mais vous êtes un enfant. Donnez votre fête ce soir; n*ébruitez rien, et demain c'est un malheur imprévu, un véritable coup de tonnerre.
DURVILLE
Un malheur imprévu !
DUHAUTCOURS.
Et oui ! cela se fait toujours comme cela.
{^Pendant ce dialogue entre Durville et Duhatitcours, madame Durville se regarde dans une glace et arrange ses cheveux,)
DURVILLE, à sa femme.
Eh bien! madame, soyez contente, recevez votre monde.
MADAME DURVILLE
Ah I il est fort heureux que vous vous rendiez à la raison.
DUHAUTCOURS, à Durville,
Un peu plus de résolution. Il faut prendre sur soi. De l'assurance, de la confiance!
ACTB I, SCÈNE XII. 1S7
DURVILLB.
Kh bien ! ma bonne amie, tu crois donc que ta ^ fête sera bien?
MADAME DURVILLE
Charmante; c'eût été un meurtre d'y renoncer. Mille remerciements, monsieur, d'avoir parlé pour moi.
DUHAUTCOURS.
Je me suis rendu service à moi-même, madame.