‹ Théatre choisi de L.-B. PicardChapitre 143 sur 426 · SCÈNE XV · texte numérisé non relu

SCÈNE XV

DURVILLE, DUHAUTCOURS, MADAME

DURVILLE

MADÀMB DURVILLE.

Ah I mon ami, que viens-je d'apprendre? Est-il vrai que vous éprouviez des malheurs assez grands pour ressentir de la gêne dans vos négociations?

DURVILLE

Qu'est-ce donc? qui vous a dit...

MADAME DURVILLE

Personne; mais j'ai cru entendre circuler des mots défavorables : on a l'air de me plaindre. La présence môme de monsieur parait redoubler les inquiétudes.

DUHAUTCOURS.

Ma présence l En vérité, c'est trop plaisant.

DURVILLE, à Duhautcours,

Eh bien I ma fête double-t-e)le mon crédit?

DUHAUTCOURS.

Ahl le moyen commence à s'user.

MADAME DURVILLE

De grâce, rassurez-moi; quelles que soient vos infortunes, croyez que je saurai les supporter.

DURVILLE

Eh! mais, mon Dieu! quel éclat vous faites 1 quelles alarmes l Voulez-vous chasser toute la société? Je voulais éviter cette fête. Vous avez tenu à vos idées; maintenant, sachez vous contenir.

DUHAUTCOURS.

M. Durville a raison ; d'abord il est certain que madame n'a rien à craindre.

144 BUHAUTCOURS.

OURVILLE.

Notre séparation de biens ne vous met-elle pas à couvert?

DUHÂUTCOURS.

Si après cela, M. Durville est forcé par des causes majeures de transiger avec ses créanciers...

MADÂMK DURVILLB.

Transiger avec vos créanciers I £h ! mais, mon ami, c'est une faillite I

DUHAUTCOURS.

Que voulez-vous? Les débiteurs ne paient pas.

OURVILLE.

Vous-même, vous m'amenez cette mademoiselle Delorme.

MADAME DURVn.LE.

En étes-vous donc réduit à cette extrémité? N'est-il aucun moyen de conserver votre honneur?

DURVILLB.

Mon honneur I

Croyez-vous donc qu'il soit compromis, parce que Durville est malheureux?

DURVILLE

Est-ce ma faute si, de tous côtés, j'éprouve des pertes affreuses ?

DUUAUTGOUaS.

Que madame me permette une seule petite réflexion. Voirez autour de nous, dans la société, Gléon, Damis, Sain ville. Mon val et tant d'autres : sont-ils déshonorés parleur infortune? Ne sont-ils pas accueillis^ fêtés, recherchés? Pourquoi? C'est que le malheur a des droits sacrés, et qu'on respecte en eux l'honorable adversité.

DURVILLE

Cessez donc, madame, de me gratifier de votre pitié, et de craindre pour mon honneur.

MADAME DURVILLE

Pardon, mon ami, je n'ai pas eu l'intention de vous ofi'enser; mais le mot de faillite est bien cruel, et je tremble que le monde...

DURVILLE

Mais ma justification est toute prête.

DUHAUTCOURS.

Sans doute; l'actif est infiniment supérieur au paàsif.

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