‹ Théatre choisi de L.-B. PicardChapitre 171 sur 426 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

DUHAUTœURS, PRUDENT, LEDOUX, GRAFF, MARASGHINI, FIAMMESGHI, DURVILLE, VAL- MONT, FRANVAL; autres créanciers.

FRANVAL

Eh bien ! qu'est-ce? on se dispute déjà!

DURVILLE

C'est M. Franval.

FRANVAL

Du calme, du sang-froid, messieurs; les gens à

Su! nous avons affaire n'en manquent jamais, ous en avons besoin pour déjouer leurs manœuvres.

ACTB IV, 8CBNB V. 169

Oui, pour les déjouer.

MARASGHINI.

Cest cela ; chacun fera valoir ses droits à son tour.

FIAHMESGHI.

Du silence et procédons à notre affaire.

VALMONT

Il faut convenir qu'il est bien cruel...

(Tout le monde ê*asiied,) DUHAUTCOURS.

Comme je vous le disais, messieurs, ce n'est pas sans la plus vive douleur que M. Durville...

FRANVAL

Il y a sans doute quelqu'un ici chargé de nous présenter l'état de situation de notre débiteur.

DUHAUTGOURS.

Oui, vraiment; M. Ledoux, homme de loi, que voilà.

FRANVAL

Faites, je vous prie, qu'il remplisse son ministère; ce n'est pas pour entendre les phrases de monsieur que nous sommes réunis.

DUHAUTCOURS.

Il me semble qu'il est bien permis à l'amitié...

MARASGHim.

Ce monsieur-là a raison.

FIAHMESGHI.

Et ses phrases valent bien les vôtres, un homme de mérite!

ORAFF.

En effet... C'est juste.

Je vous sais gré de votre zèle, mon ami... mais puisqu'il déplaît à ces messieurs... (A Ledoux,) Lisez, je vous prie, monsieur, l'acte que vous avez rédigé.

LEDOUX

C'est un simple projet. (Litant,) « Par-devant les <c notaires publics, etc. i»(5'tnferromf>(in/.) L'acte définitif sera par-devant notaire. <c Furent présents « Antoine Durville, d'une part; et... tels et tels... « vos noms, prénoms et qualités, etc.^ tous créan-

170 DUHAUTOOURS.

« ciers dudit Durville, d*autre pari ; leqnel An- <( toine Durville a exposé à sesdits créanciers que « des spéculations malheureuses, des pertes mul- <( tipliées et imprévues avaient été précédemment « supportées par lui avec courage et résignation, (c et qu'il avait vu s*évanouir sans se plaindre plus « de la moitié de sa fortune. »

MARASGHINI.

Et si vous aviez perdu U moitié de votre fortune, pourquoi donniez-vous des fêtes?

DUHAUTCOUBS.

C'est style de notaire, mon cher Maraschini; n'interrompez donc pas.

LEDOUX, continuani,

« Mais que, primo, les divers intérêts €|u'il « avait sur différents corsaires se trouvent anean- « tis par la prise desdits corsaires. >»

FIAMMESCHI.

Oui, style de corsaire.

LEDOUX, continuant,

« Secundo, plusieurs faillites qu'il vient d'éprou- « ver coup sur coup sur les places de Vienne, (c Hambourg, Cadix, et autres villes commerçantes <( de l'Europe, lui ayant enlevé le reste de ses « moyens, il se voit réduit à réclamer Tindulgence « de ses créanciers. »

FRANVAL

Un moment. Je demande...

LEDOUX, continuant, « En conséquence... »

FRANVAL

C'est tout simple, des corsaires, des faillîtes, des malheurs, c'est le protocole ordinaire de tous les actes de cette sorte; on en déguise les phrases, mais le fonds est toujours le même.

DUBAUTGOURS.

. Il est incroyable que l'on interrompe ainsi un officier public; je rédame, moi, la continuation de la lecture.

FBANVAL.

Ne vous fâchez pas, honnête homme; je demande seulement où sont les titres, les preuves, les pièces justificatives de toclUs ces allégations?

AOTB IV, SGÉNB VI. 171

FUMMESCHI.

Voilà ce que c'est; il parle biea : et que me font à moi vos spéculatioas et vos corsaires? Voilà le mémoire ae mes illuminations, et il me faut de l'argent.

MABASCHINI.

Gomme à moi; et puisque monsieur est un homme de justice, j'espère qu'il me fera payer.

GRAFF

n est certain que nous ne devons pas entrer...

VALMONT

Vous ne me prouverez pas que mes vingt mille francs aient été placés sur vos corsaires.

PRUDENT

On se dispute, je crois.

DUHAUTCOURS.

On vous les fournira les preuves; mais remar-

3uez donc que ceci n'est qu'un simple projet 'acte que vous allez signer, en cas que...

DURVILLE

Ahl mes amis, je voudrais de grand cœur vous satisfaire ; mais tout ne doit-il pas être égal entre mes créanciers?

DUHAUTCOURS.

La paix, mes amis, la paix; entendons-nous^

Ï>oint de bruit. Si l'on met le feu dans Taffaire, si 'on dispute au lieu de se rapprocher, nous perdrons tout

DUHAUTCOURS, PRUDENT, LEDOUX, GRAFF, MARASCHINI, FIAMMESGHI, DURVILLE, VAL- MONT , FRANVAL ; autres créanciers , UN VALET.

le valet.

Monsieur, madame se trouve mal. Les cris qu'elle vient d'entendre lui font craindre que vous ne soyez exposé à quelque danger. Elle s'est troublée, elle s'est évanouie, elle vous appelle.

DURVILLE

Ah! grand Dieu! j'y vais. Vous voyez, messieurs, qu'il m'est impossible de rester. Remplacez-moi, mon cher Duhautcours, daus ce cruel moment. Vous connaissez mes intentions; elles

172 DUHAUTGOURS.

sont de satisfaire tout le monde, autant que je pourrai. Mille pardons encore une fois* messieurs.

( U sort. )

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