DURVILLE , MADAME DURVILLE , MADEMOISELLE DELORME, FRANVAL
DURVILLE
Monsieur, je suis bien aise de vous voir.
FRANVAL
Tant mieux, c'est bon signe. C'est madame Durville. On m'a fait votre éloge, madame; et j*ai besoin de votre appui pour décider M. Durville à se conduire comme il le doit. Il est à peu près prouvé que, malgré vos corsaires, vos créanciers irlandais, et votre sourd qui entend si bien les vérités qu'on lui dit, vos malheurs ne sont pas aussi grands que vous voudriez le faire croire.
DURVILLB.
Monsieur...
FRANVAL
Il en coûte de s'avouer ces choses-là à soimême; il doit en coûter bien plus de les avouer à d'autres ; mais nous sommes seuls : votre femme, mademoiselle Delorme qui prend le plus vif intérêt à votre famille, et moi, qui ne demande pas mieux que de vous rendre mon estime... Le moment est favorable. Si vous le laissez échapper, vous êtes perdu ; vous voilà condamné à passer pour le complice de Duhautcours. Chassez ce perfide conseiller ; déclarez que vos payements sont ouverts, annulez ce projet de transaction qui n'a pas le sens commun. Alors je me charge d'arranger votre affaire avec vos créanciers; vous recouvrez leur estime, et vous pourrez regarder en face les fripons, et saluer les honnêtes gens sans les obliger à détourner la tête.
188 DUHAUTCOURS.
MADAME DURVILLB.
Eh quoi! monsieur, pouvez-vous soupçonnei mon mari ?
FRANYAL*
Oui, madame; ce Duhautcours a porté M. Durville à des choses qu'il n'aurait pas dû faire. Quand il n'y aurait que cette séparation de biens entre vous...
MADAME DURYILLE.
Eh bien ! monsieur, permettez-moi de profiter de cette séparation que vous nous reprochez peut-être avec justice. Je me charge de toutes les dettes de mon mari ; soyez mon interprète auprès de tous ses créanciers. Je vous confie ce portefeuille. Il renferme huit cent mille francs.
FRANVAL
Que dites-vous, madame? Expliquez-moi...
DURVILLB , vivement.
Acceptez, monsieur, le dépôt qu'elle vous offre.
FRANVAL
Je vous entends; c'est ce Duhautcours qui vous entraînait* Je ne m'étais pas trompé, et sans doute le traître ne s'est pas oublié.
DURVILLE
J'ai eu la faiblesse de lui donner un titre de soixante mille francs.
FRANVAL
Je l'avais prévu... Soixante mille francs! c'est beaucoup I
DURVILLE
Trop heureux encore de me délivrer à ce prix de ce misérable.
FRANVAL, lui prenant la main.
Bien I j'aime à vous voir dans ces sentiments. Ne perdez pas courage pourtant