‹ Théatre choisi de L.-B. PicardChapitre 202 sur 426 · MADAME MUSARD, LEROND, SOPHIE, DELAICLE · texte numérisé non relu

MADAME MUSARD, LEROND, SOPHIE, DELAICLE

DEUX PORTEURS, chargée de malles et de paquets,

LEROND, du dehors, aux portewsm

Allons, allons, montez, mes amis.

MADAME MUSARD, retenue pat la voix de Lerond, Quelle est cette voix?... je crois reconnattre...

DELAIGLE, entrant avec les porteurs.

Par ici, par ici, monsieur. [A madame Musard.) C'est un voyaçeur qui arrive avec une jolie demoiselle, ma foi I et à qui je donne cet appartemeot en face du vôtre. {Aux porteurs j en leur indiquant une

chambre,) Portez tout cela là-dedans.

LEROND, en entrant avec sa fille, aux porteure.

C'est bon, mes enfants, M. Delaigle vous paiera; je vous souhaite bien le bonjour.

(Delaigle et les porteurs sortent,) MADAME MUSARD.

Eh! mais, je ne me trompe pas, c'est monsieur Lerond?

LEROND

Moi-même, madame Musard, qui viens ici pour quelques affaires, mais surtout pour celles de votre mari, et qui ne suis pas fâché de profiter de l'occasion pour faire voir Paris à ma ulie.

MADUfE MUSARD, à Sophie.

Eh! bonjour, mon aimable voisine.

LEROND

C'est bon, vous aurez tout le temps de vous faire des compliments. J'ai appris votre départ hier matin, je me suis mis en route deux heures après ; j'ai su l'hôtel où vous étiez descendus ; je viens m y loger ; votre vieille tante m'a conté tous vos chagrins, et je viens pour les terminer.

MADAME MUSARD

Eh quoi ! monsieur, vousseriez assez généreux.**

LEROND

En deux mots, Musard m'en veut, il a raison; je lui ai joué bien des tour^ en ma vie, mais c'est

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an peu sa faute ; il n'est pas défendu de songer à soi et aux siens. J'ai profité de sa nonchalaoce pour ni'avancer moi-même; dès qu'il désirait quelque chose, j'étais là pour l'obtenir à sa place ; et pour me servir d'un terme de chasseur, c'est lui qui faisait lever le lièvre, c'est moi qui le tuais. Aujourd'hui je suis bien, je peux songer aux autres. Votre mari vient à Paris pour des éclaircissements, des sollicitations ; le pauvre diable n'en finirait pas, je ferai tout pour lui. Votre beau-frère veut plaider contre vous, je sais l'adresse de son avocat : votre fils veut avoir une place à Saint- Quentin ; j'ai des amis qui valent bien ceux de Musard : votre correspondant ne veut plus vous envoyer de marchandises ; je saurai pourquoi, et en travaillant pour vous, je travaille encore pour moi : votre fils aime ma fille, il en est aimé, n'estce pas, Sophie ? marions-les ; c'est ce que nous avons de mieux à faire.

SOPHIB.

Mais, mon père...

LEROND

Eh! oui, tu l'aimes, c'est convenu; tu ne me Tas pas dit, mais je l'ai deviné.

MADAME MUSARD

En vérité, monsieur Lerond, vous êtes un homme expéditif I Ah! pourquoi mon mari ne vous ressemble-t-il pas?

LEROND

Parbleu, madame, vous savez que votre mariage avec Musard est la seule chose pour laquelle il ait su me prévenir; mais ne nous plaignons pas : j'ai été heureux avec ma pauvre défunte, vous êtes heureuse avec lui...

MADAME MUSARD

Heureuse! ahl oui, fort heureuse I

LEROND

Oui, madame. Musard a un cœur excellent; et puisque nous ne pouvons être parfait, la bonté, grand Dieu I la bonté rachète tous les défauts.

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