SCÈNE I
DORVILÉ , MADAME DE SAINT-PHAR
MADAME DE SAINT-PHAR
OÙ courez-vous, mon frère?
DORVILÉ.
Eh que sais-je? Rien, absolument rien, que ce château, objet de luxe, sans rapport, qui suffit à peine pour payer ce que je vous dois, que je ne vendrai jamais ce qu'il m'a coûté.
Ce n'est pas le moment de vous faire des reproches. Votre situation mérite des égards. Voilà pourtant les fruits de cette rare intelligence en affaires dont vous étiez si orgueilleux. Et moi, qui me suis confiée à vous, être obligée de baisser de ton, de diminuer mon train, ma dépense, de rester veuve, de vendre mes diamants, d'aller à pied! Ah ! quel supplice! je n'y survivrai pas.
DORVILÉ.
Fort bien, vous ne voulez pas me faire de reproches, et vous m'en accablez ; je ne vous en ferai pas, moi, et cependant vous conviendrez (}ue si vous aviez mis un peu d'ordre, un peu d'économie dans ma maison ; mais à présent ce n'est plus cela^ il faut briller, il faut résister... J'emprunterai, je ferai une nouvelle fortune; ehl que diable ! je ne suis pas plus sot que quand j'ai fait la première.
MADAME DE SAINT-PHAR
Oui, livrez-vous à vos chimères. Enfantez de nouveaux projets dont vous serez dupe. Et avoir laissé échapper cette malheureuse nouvelle devant ce jardinier, cette petite fille et ce Marcelin! C'est déjà le bruit de tout le village, je le parierais. Mais partez donc, courez donc à Paris; je vous attends, je pars avec vous. Voyez ce que vous avez à faire, vendez votre terre; que ce soit pour moi, si ce n'est pas pour vous.
AOTB II, 8CBNK III. 249
DORVILÉ.
Non, je reste. Je ne pars cfue ce soir, je verrai Valber^, il est de bon conseil, il m'a des obligations, il m*est attaché.
MADAME DE SAINT-PHAR
OÙ avez-vous vu que les gens ruinés eussent des amis? Rester, pour que ce Valberg nous accable de sa froide pitié I je ne veux plus le voir, il y aurait de quoi mourir de honte.
DORVILB.
Que résoudre? que faire? dois-je partir? dois-je rester?