‹ Théatre choisi de L.-B. PicardChapitre 259 sur 426 · SCÈNE IV DORVILÉ, MADAME DE SAnst-PHAH · texte numérisé non relu

SCÈNE IV DORVILÉ, MADAME DE SAnst-PHAH

DORVILÉ.

Eh bien! ma sœur?

MADAME DE SAINT-PHAR

Eh bien! mon frère?

DORVILÉ.

Où en ôtes-vous avec Marcelin?

MADAME DE SAIMT-PHAR

Mais en vérité, mco frère, voilà une question... On dirait, à vous entendre, que je suis de moitié dans vos extravagances.

DORVILÉ.

Eh I morbleu I ma sœur, est-ce avec moi que vous devez feiudre? Ce mariage n'est-il pas bien plus avantageux pour vous que pour moi? et vous t'avez senti. Vous approuvez mon idée; elle est superbe, mon idée. Croyez-vous que je n'aie pas remarqué vos petite soins, vos petites attentions pour M. Marcelin?

MADAME DE S^INT-PHAR

Dites plutôt que c'est lui qui m'a vraiment embarrassée, avec ses regards, ses soupirs et ses perpétuels compliments.

Av«z-vous parlé à Valberp? Nous secondera-t-il? Pourquoi nous a-t-il quittes? Il va revenir, sans doute?

MADAME DE 8AINT-PHAR

Oui, comptez sur votre chei* Valberg.

DORVaÉ.

Un ami chaud, adroit, q^ui serait un excellent chef de cabale pour conduire une intrigue.

MADAME DE SAIMT-PHAR

Un égoïste, qui change, se plie au ^é de la fortune^ et ne sert que ceux qui peuvent le servir. Je lui ai raconté, en plaisantant, vos folles idées. C'est une obligation de plus qu'il vous a, mon ïrérè ; ces folles idées l'ont avisé de ce qu'il devait

faire, non pas pour vous, mais pour lui. Le voilà qui songe a faire épouser sa sœur à Marcelin.

DORYILÉ.

Qu'est-ce que c'est? qu'est-ce que c'est? Comment! ce petit Valberg se permettrait?... G*estun ingrat. Voilà donc pourquoi, pendant tout le dîner, il nous regardait à peine. Je lui passais sa sensibilité pour le nouveau riche, c'est tout simple ; mais vouloir nous nuire... Oh! je ne les crains pas. Je les ai vus tellement s'agiter, s'intriguer autour de moi quand j'étais riche, qu'ils m'auront appris à intriguer autour des autres. En fait de finesse et de manœuvres, j'ai de l'inspiration, du génie, moi.

MADAME DE SAINT-PUAR

Oui, vous êtes un habile homme, mon frère. Je ne dissimulerai pas avec vous. Vous savez que l'intérêt a peu d'empire sur moi; je l'ai bien prouvé en épousant ce pauvre M. de Saint-Phar. Ce n'est donc i)oint la fortune de Marcelin qui pourrait me décider; mais vraiment cet homme>là gagne à se faire connaître.

DORVXLÉ.

Quand je vous l'ai dit : c'est un homme charmant, avec lequel vous serez parfaitement heureuse; mais il faut voir... il faut parler... il y a À craindre...

MADAME DE SAINT-PHAR

Quoi donc? la sœur de ce Valberg? Elle est encore moins redoutable que la fille du jardinier; une provinciale bien gauche, bien ridicule...

DORVILÊ.

Tandis que vous, jeune et élégante Parisienne... Mais faites donc valoir vos avantages, déployez votre esprit, éblouissez-le de votre ton^ ae vos manières, de vos grâces.

MADAME DE SAINT-PHAR

Vous seriez un excellent maître de coquetterie, mon frère. Non, je ne ferai pas^ de démarches auprès de lui, mais je l'amènerai à en faire auprès de moi.

DORVILÉ.

Le temps nous presse; sa petite paysanne ne va pas manquer de venir le chercher.

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