ACTE IV, SCÈNE XIV
GASPARD
Vous voyez...
LÉONARD
Triste métier que celui de notaire de province! Â peine un homme a-t-il fait fortune, crac, il s'envole vers Paris ; et s'il emprunte, se marie, vend ou achète, cela regarde nos confrères.
GASPARD
Monsieur n'est donc pas le notaire qui a ap-! porté le testament?
LEONARD
Non pas : mais celui qui en garde une expédition avec toute la correspondance du testateur, que voilà, et qu'on n'a pas encore examinée.
GASPARD, très vivemeni.
Qu'on n'a pas encore examinée ; attendez donc... oui... peut-être... ne désespérons pas...
GBORGETTE.
Ahl monsieur Gaspard...
LÉONARD
Qu'est-ce qu'il a donc ce monsieur? Est-ce un vertige qui lui prend ?
GASPARD
J'ai affaire à vous, monsieur.
LÉONARD
Quelle espèce d'acte monsieur désîre-t-il?
GASPARD
Je ne veux point d'acte. Vous avez le testament ;
Souvez-vous, sans indiscrétion, me permettre 'en prendre connaissance? puis-je vous aider à examiner ces lettres, ces papiers ?
Ehl mais, monsieur...
GASPARD
Soyez tranquille, je suis honnête homme, l'ami de Marcelin, un peu versé dans la procédure. Il s'agit de son intérêt, du vôtre ; il faut qu'il n'ait pas d'autre notaire que vous. (A Georgeite,) Allez consoler votre père, mademoiselle ; qu'il tâche de m'envoyer un des gens de Marcelin, le premier ^ venu, n'importe. (A Léonard,) Conduisez-moi chez vous, monsieur le notaire. Je ne m'en dédis pas ; presque tous les hommes obéissent aux circonstances comme à des fils conducteurs. Eh bien! essayons de faire naître des circonstances, et
voyons sî nous ne pourrions pas faire danser, agir et marcher Marcelin et ses nouveaux amis» comme je fais marcher, agir et danser Gilles et Polichinelle.