SCÈNE VI L'ABBESSE, BELFORT
l'abbesse.
Maïs en vérité, ma sœur, plus je vous examine, et plus je me persuade que madame votre abbesse a voulu me ménager une surprise agréable.
BELFORT
Comment donc cela, madame ?
l'abbesse.
€'est que vous ne ressemblez pas du tout au portrait qu'elle m'a fait de vous aans sa lettre.
BELFORT
Est-il possible?
l'abbesse.
Vous pouvez en juger vous-même : j'ai sa lettré sur moi, écoutez {Elle Ut,) v L'homme propose et « Dieu dispose, ma chère sœur : une de nos no- « vices, sœur Séraphine, vient d'essuyer une a longue et terrible maladie, à la suite de laquelle « il lui est resté une toux sèche et fréquente. « [Ici Belfort tousie.) On dit l'air de votre pays « extréq^ment bon pour les convalescentes, je « prendrai donc la liberté de vous l'envoyer pour « trois ou quatre mois ; c'est une fille sage, mo- « deste; elle n'est ni de la première jeunesse ni « de la première betfuté... » Je vous demande, ma sœur, si cela peut vous convenir.
BELFORT
Ah, madame... '
l'abbesse.
Je votts trouve fort bien, pour une malade surtout
BELFORT
Vous avez bien de la bonté, madame. ...
S6 LES YISITAMDINS8.
l'ABBBS»^ emaimamt éê ffre.
« Mais elle possède au pins haut degré de per* ic fectioD, tous ces petits talents innocents qui « nous aident à passer le temps et à nous préser- « ver de la tentation. Personne ne sait mieux, « par exemple, chanter des noëls et des can- «( tiques, découper des a^fntus, faire des confitures « et des bonbonnières , apprendre à parier aux « perroquets. »
BELFOBT.
Ahl madame, je suis bien loin d*être aussi savante que vous pourriez le présumer»
l'abbesse.
Ah! de la modestie, ma sœur : allons ne tous faîtes pas prier; il faudra nous chanter, à dé^
t'euner, un de ces cantiques que vous chantez si âen.
BELFOBT.
Ah I madame, oubliez-vous que ma poitrine?... (// toutse.) Cette malheureuse maladie m'a fait perdre toute ma voix.