SCÈNE XXII
JACQUILLARD, TOINETTE., RIGAUDIN.
TOINETTE
Je n'en reviens pas; vous m*aimez I c'est beaucoup d'honneur que vous me faites : mais, ma marraine m'a toujours dit que tous les hommes ne cherchaient qu'à nous abuser; et que je serais une sotte de prendre pour amoureux celui qui ne commencerait pas par me parler de mariage.
JACQUILLARD.
Eh bien ! ma chère... si je te parlais de mariage.
TOINETTE
Vous?
JACQUILLARD.
Moi.
TOINBTTB.
Vous m*épouseriez 1
JACQUILLARD.
Trop délicat pour songer à te séduire, je combattais ma passion ; mais enfin l'amour l'emporte sur le préjugé, on en dira ce qu'on voudra ; je t'épouse.
TOINETTE
'. Moi, femme d'un notaire? Je ne sais où j*en suis.
Ce n'est pas tout. Je projette de faire entre
oous, par contrat de mariage, une donation mutuelle.
TOINETTE
Une donation f ... Moi, monsieur, je le veux bien ; mais vous êtes riche... et je n'ai rien.
JACQUILLARD.
Tu es plus riche que moi.
TOINETTE
Moi?
JÂGQOOXARD.
Oui... tes yertus, tes grâces...
TOINETTE
Oh I monsieur, des vertus... oui ; mais des grâces... (A part,) Mon pauvre Charles...
JÂCQUILLABD.
Enfin, ma petite Toinette, je t'adore... et la preuve, c'est que si tu le veux, nous allons signer un dédit.
TOINETTE
Un dédit?... qu'est-ce que c'est?
RIGAUOIN, qui est de nouveau iorti de Vétude^ Me voilà.
JACQUILLARD.
Ck>mment ? vous voilà, (il part.) Que diable vient faire ici M. Rigaudin?
On dirait que ma présence vous contrarie. Allons, allons, pourquoi dissimuler devant nroi ? M. Jacquillard vous aime.
TOINETTE
C'est vrai.
Il veut VOUS épouser.
TOINETTE
Il le dit.
Vous faire une donation?
TOINETTE
Oui.
Et peut-être, pour mieux vous prouver sa tendresse et sa bonne foi, veut-il vous faire signer un dédit.
JACQUILLARD, à part.
Il a tout entendu, .
80ENE XXII. 4ÔV
TOINETTE
Oui, il m*a parlé d'un dédit.
. JACQUILLÂRD.
Eh ! bien, après ? quel mal ?
RIGÂUBIN.
Aimez-vous, aimez-vous ; Tamour est une loi qu'il faut suivre à tout âge, dans tous les rangs, le suis touché de votre bonheur et surtout de cette ionation mutuelle...
TOINETTE
Mais j'aurais des scrupules, moi.
N'en ayez pas.
JACQUILLARD, bat à Rigaudin,
Paix!
NoQ, la probité, ma conscience...
JACQUILLARD, ù part.
Oh! le bourreau!
Air : Voukmt par se» œuvres complétée.
Sans être trop enorgueillie, Épousez monsieur Jacquillard.
Il est vieux ; vous, jeune et jolie : Vous avez la meilleure part.
Mais ce qui surtout vous rapproche, Et vous met plus .qu'à Tunisson, Ma chère, c'est une maison...
Que vous avez dans votre poche.
TOINETTE
Gomment? une maison dans ma poche !
Eh ! oui, sachez, Toînette, que c'est vous qui avez gagné la maison en lotene.
TOINETTE
Moi?
Vous. Le numéro de votre billet était le quarau i vquatre?
TOINETTE
Oui, le quarante-quatre ; je m'en souviens à présent.
JACQUILLARD.
Eh bien 1 oui, ma chère enfant ; mais qu'importe
460 LA MAISON BN LOTBRIB.
que tu me donnes une fortune égale, et même supérieure à la mienne? Tu n'aurais rien, que je te préférerais à toutes les femmes..
TOINETTE
Ohl Yous avez beau jeu à me préférer encore.
JACQUILLARO.
Gomment?
TOINBTTB.
Je n*ai plus mon billet.
Il est perdu?
TOINETTE
Oh ! que non ; il n*est pas perdu pour tout le monde.
JACQUn.LARD.
Qu'en avez-vous donc fait?
TOINETTE
Un bon marché. Je devais quarante-cinq francs à mademoiselle Yerneuil, je lui ai cédé mon billet, et elle m'a donné quittance.
RIGAUDIN, éclatant de rire»
Oh ! la bonne aventure!
JACQUILLARD.
Vous en riez.
Pardon, monsieur Jacquillard ; mais n'y a-t-il
Sas de quoi rire? Gela ne m'empêche pas d*être ésolé pour vous...
TOINETTE
Moi aussi ; mais...
RIGAUDIN, à Toinetfe.
AiB : Contredante des petite pdtéi.
Rassure-toi, ma chère enfant,
Monsieur t'aime
Toujours de même :
Il sait compter, et cependant Il ne tient pas trop à l'argent.
JACQUILLARD.
Le sort la favorise.
Fait Yaloir son billet; Par sa lourde bêtise - Elle en détruit Teffét.
TOINETTE
Mais j*acquitte une dette.