ACTE III. SCENE IV
OELILLE.
Pour y jouir surtout de tous les agréments de la bonne société qu'elle renferme.
DESROCHES
Munis de lettres de recommandation pour les principaux habitants...
DELILLE
Nous ne pouvions manquer d'en avoir pour madame Guibert.
DESROCHES
Daignez donc lire cette lettre de monsieur votre frère.
MADAME GUIBERT
De mon frère de Paris? Ëhl de grâce, sa santé?
DESROGHBS.
Excellente, madame. Toujours moins occupé de ses propres affaires que de celles des autres.
DELILLE
C'est bien l'homme le plus obligeant, le plus sensible, le plus complaisant!
MADAME GUIBERT
Ahl oui, la sensibilité est une vertu de famille chez nous. (A part.) Eocore quelques pauvres diables que mon frère me recommande. (Haut,) Je suis charmée, messieurs, enchantée, ravie... (A part.)
Il est d'une indiscrétion... {Haut, en souriant agréablement aux deux jeunes gens,) Youlez-vous bien permettre. {Lisant.) « Ma chère sœur, j'ai, toujours re- « connu en vous une bienfaisance extrême, une « politesse exquise, une sensibilité... » ÇS' interrompant.) Il ne m'épargne pas les compliments, mon cher frère.
DELILLE
Et nous savons que vous les méritez, madame.
MADAME GUIBERT, continuant à lire.
« Permettez donc que je vous adresse un jeune « homme pour lequel j'ai conçu le plus vif inté- « rôt, qui voyage avec un de ses amis; c'est le « jeune Desroches; il est plein d'esprit, bien « élevé, versé dans tous les arts d'agrément, sur- « tout dans la musique et le violon, dont il pour- « rait donner des leçons aux plus forts amateurs. » {STinterrompant.) Je De doute pas de VOS talents, monsieur; mais nous comptons dans notre ville
{>]usieurs virtuoses qui ne seraient pas déplacés à 'Opéra de Paris.
DESROCHES
Ohl je le croîs.
DELlLLEy à Desroches,
Elle s*iniagine que tu viens faire des écoliers dans le pays.
MADAME GUIBERT, continuant la lettre.
a Daignez donc, à ma prière, le recevoir, Tac- « cueillir comme votre fils, le présenter dans les « sociétés, en un mot, lui rendre le séjour de « votre ville le plus agréable qu'il vous sera pos- « sible. » (S* interrompant.) Je le voudrais de non cœur; mais je suis fort peu répandue, je vois très peu de monde. (Continuant,) « Delillè, l'ami de Des- « roches, jouit d'une fortune suffisante; c'est un « fort honnête garçon. » {S' interrompant.) Monsieur, je n'en doute pas. {Continuant.) « Desroches « est le fils unigue d'un de mes amis, qui a laissé « trente mille livres de rente. »
DELILLE, à Desroches.
Te voilà bien plus honnête que moi.
MADAME GU1BERT
Comme je vous disais, je suis très peu répandue, mais je verrai volontiers du monde pour satisfaire aux désirs de mon frère.
DESROCHES
Madame...
MADAME GUmERT.
Combien je lui sais gré de m'avoir adressé deux jeunes gens aussi aimables!
DESROCHBS.
Madame...
MADAME OUIBERT.
Vous arrivez apparemment à l'instant même.
DELILLE
Voilà deux heures à peu près que nous sommes descendus à notre auberge.
MADAME GUIBBRT.
A l'auberge! je ne souffrirai pas que les amis de mon frère logent à Tauberge.
DESROGHES.
Mais permettez...
AOTB m, SCÈNE V. 79
MADAlte GUtBl»T.
Non, messieurs, cela ne sera pas, je vous en prie, je vous en conjure.
DBLILLB.
Mais, madame...
MADAME GUIBRRT.
Non, messieurs, vous logerez chez moi; mon frère ne me pardonnerait pas d'avoir laissé ses amis àTauberge; je ne me le pardonnerais pas moi-même.
DESROCHES
Mais, madame, nous vous gênerions.
MADAME 6UIBERT.
D'abord, vous ne me gênerez pas; c'est Tappartement de mon frère que vous occuperez, il est charmant, c'est à lui seul gu'il est réservé, il me saura bon gré de vous Tavoir offert, de vous avoir, pour ainsi dire, forcés à l'accepter.
DBSROCHBS.
Mais, madame...
MADAME GUIBERT
Voilà qui est entendu, messieurs. {Elle appelle,) François ! Vous y serez libres, parfaitement libres; enfin, vous serez chez vous. On est si mal dans ces auberges I François I... François!...
Voilà, par exemple, de ces politesses qui surprennent...
MADAME GUIBERT
François!... Mille pardons, messieurs...
DELILLB, à Desroches,
Gomment l tu accepterais...
DESROCHES, à Delille,
Tu sais que je ne veux pas rester dans cette maudite auberge, en face de ce M. Vernon et de sa sœur.
MADAME OUmERT.
François...