MADAME GUIBERT, DELILLE, DESROGHES, DUBOIS, MADAME SENNEYILLE
MADAME 8BNNEVILLB.
Ehl bonjour, ma chère madame Guibert; il y a na siècle, en Yérité, que je ne vous ai Tue, ma toute belle.
DBSROCHES.
C*est madame Senneville.
JKADAME SENMEVIUiE.
Nos deux aimables voyageurs ici! Je m'attendais à les trouver. Et votre charmante ûl\e, où est-elle donc? Que je Fembrasse. On sait déjà dans la ville que c'est chez vous que ces deux messieurs logent. Ah çàl je viens vous engager à dtner pour demain, sans préjudice de l'assemblée à laquelle je vous attends ce soir; vous m'amènerez votre chère Flore; vos deux aimables hôtes m'ont promis. Je sais tout, vous les avez enlevés de vive force de leur auberge, pour ainsi dire. Je vous reconnais là. Vous poussez la courtoisie et la politesse au dernier degré.
MADAME GUmERT.
Ah! vous êtes trop bonne; maisje suis bien loin de mériter vos éloges.
MADAME SENNEYILLE.
Que dites-vous donc là, bon Dieu I ma chère?
DEULLE. •
C'est que les moyens d'exécution ne répondent pas tout à fait aux bonnes intentions de madame*
MADAME 8ENNEV1LLE.
Gomment donc?
MADAME GUIBERT
Je m'étais flattée en effet de pouvoir loger ces messieurs.
MADAME SENNEVILLE
Et vous ne le pouvez pas?
DEULLE.
Non, madame; le voisin Giraud, un dépôt de marchandises...
MADAME GUIBERT
Gela m'afflige à un point que je ne puis exprimer.
.1» .LA PETITS VILLB.
DESaOGHES.
Il ne faut pas du tout que cela vous afflige, madame; nous allons chercner une autre auberge.
DELILLE
Oui. Dubois, remporte ces malles.
{Dubois se lève et se met en devoir de remporter les
malles,)
KADAME SENNEVILLB.
Arrêtez, mon ami. Je suis persuadée de la réalité de Tobstacle qui empêche madame de vous loger.
MADAME 6UIBERT.
J'espère, madame, que personne ne s'avisera de soupçonner qu'il soit supposé.
MADAME SENNEYILLE.
Personne, madame ; et moi moins que tout autre; mais permettez-moi de me féliciter de cet accident. Il me donne Toccasion de réparer un manque de civilité dont mon oncle ne cesse de me faire la guerre depuis ce matin.
DELILLE
Que voulez-vous dire ?
MADAME SENNEVILLB.
Que c'est chez moi, messieurs, qu'il faut accepter un logement.
DELILLE
A merveille! on nous chasse d'un côté, on nous recueille de l'autre.
MADAME SENNBVILLE, à DesrOChes.
Oui, messieurs, chez moi. C'est mon oncle, Ambroise Senneville, le camarade, l'ami du vôtre, qui se joint à moi pour vous en prier. Vous ne m'en voulez pas, madame, de chercner à réparer ce que vous n avez pu exécuter vous-même?
MADAME 6UIBERT.
Qui, moi? vous en vouloir, madame; ce serait bien mal me connaître. {A part.) L'impertinente!
DESROCHES
Mais, madame, je ne sais si je dois accepter...
Je n'ai ni voisins, ni dépôt de marchandises; et je me fâcherais si vous hésitiez.
DELILLE
Ah! mon ami, qu'as-tu à opposer aux prières d'une jolie femme?
ACTB III, 80ÉNB XIV. 93
MADAME SENNEYILLE.
Rien. Il est trop galant pour cela, ii*est-il pas / Trai? {A Dubois.) Mon ami, portez toutes ces malles { chez moi; faites-vous indiquer ma demeure, elle | est à deux pas; ma femme de chambre vous mon- | trera Tappartement de vos mattres.
MADAME GmBERT. ^
Mon domestique va vous conduire, mon ami, si madame le permet.
MADAME SENNEVILLE
Y consentez -VOUS, madame? vous êtes trop bonne.
DUBOIS, reprenant le$ malles»
Allons, voilà des malles qui se seront bien promenées dans la ville aujourd'hui.
(Il tort.)