‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 165 sur 442 · ACTE V, SCENE V. 2H · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE V. 2H

blanee; mais enfin, monseigneur, ce n'est pas sur les vraisemblances, même les plus probables, que la justice prononce son jugement, et dans l'état des choses, on ne pourra sans doute se dispenser d'interroger la belle affligée.

le prince. — Cela se pourrait.

marinelli. — Et n'est-ce pas à Guastalla, à Guastalla seulement, qu'il est possible de suivre cette affaire?

le prince. — Vous avez raison, Marinelli, vous avez raison; ceci change la thèse, cher Galotti,... n'est-il pas vrai?... Vous voyez bien vous-même...

odoard. — Oh! oui, je vois ce qui est évident. Dieu! grand Dieu!...

le prince. — Qu'avez-vous donc? que dites-vous, cher Galotti?

odoard. — Que je n'avais pas prévu ce que je vois, que j'en suis affligé, voilà tout... Eh bien, soit, ma fille ira à Guastalla... Je vais moi-même la ramener à sa mère, et jusqu'à ce que l'information la plus minutieuse ait dissipé tous les soupçons, je ne quitterai pas la ville; car qui sait si la justice ne jugera pas convenable de m'interroger aussi?

marinelli. — Gela serait possible en effet; car, dans de tels cas, la justice a coutume de faire plus que moins, et je craindrais même....

le prince. — Quoi ? Que pouvez-vous craindre ?

marinelli. — Qu'avant l'interrogatoire, on ne permette pas que la mère et la fille communiquent ensemble.

odoard. — Communiquent ensemble!

marinelli. — On pourrait être obligé de les séparer l'une de l'autre.

odoard. — Séparer l'une de l'autre!

marinelli. — Oui, séparer la mère, la fille, le père; la forme de la procédure exige absolument cette précaution, et c'est avec regret, monseigneur, que je me vois obligé d'insister expressément pour qu'Emilie au moins soit placée sous une garde particulière.

odoard. — Une garde particulière ! Prince ! prince ! Sans doute, vous avez raison Une garde particulière,

n'est-il pas vrai, prince? Oh ! comme la justice est habile! à merveille!

fil fouille précipitamment dans la poche où il a caché le poignard.)

le prince. // s'approche de lui d'un air caressant. — Remettez- vous, cher Galotti.

odoard, à part. Il retire sa main sans retirer le poignard. — C'est son bon ange qui a parlé.

le prince. — Vous vous trompez, vous ne l'entendez pas. Il a parlé d'une garde particulière; et vous croyez qu'il s'agit ici de prisons, de cachots.

odoard. — Que je puisse le croire, et je suis résigné.

le prince. — Non, Marinelli, ne parlez pointde cachots. Il faut accorder ici la rigueur de la loi avec les égards dus à une vertu irréprochable. S'il faut placer Emilie sous une surveillance particulière, je sais déjà celle qui seule sera convenable, la maison de mon chancelier. Point de réplique, Marinelli : je l'y conduirai moi-même, je la recommanderai moi-même auxsoins de ces femmes respectables; elles m'en répondront. Si vous en demandez davantage, Marinelli, vous allez trop loin, vous allez réellement trop loin. Galotti, vous connaissez le chancelier Grimaldi et son épouse ?

odoard. — En doutez-vous? Je connais aussi les aimables tilles de ce noble couple, et qui ne les connaît pas? ( A -Marinelli.) Non, monsieur, ne cédez pas; si Emilie doit être gardée, qu'elle le soit dans un cachot. Insistez, je vous supplie. (A part.) Mais à quoi bon ces prières, vieil imbécile que je suis? Oh ! la bonne folle a dit vrai ; celui dont la raison résiste à de certaines épreuves n'avait pas de raison à perdre.

le prince. — Je ne vous entends pas, cher Galotti. Que puis-je faire de plus? Plus de difficultés, je vous en supplie. Oui, oui, dans la maison de mou chancelier, c'est là qu'elle doit être; je l'y conduirai moi-même, et si elle n'y est pas traitée avec les égards les plus recherchés, dites qu'on ne peut compter surina parole; mais soyez sans inquiétude. Tout esl ainsi réglé, tout est convenu, n'est-ce pas? Pour vous. Calolti. vous des parfaitement libre de

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faire tout ce qui vous conviendra : vous pouvez nous suivre à Guastalla, retourner à Sabionetta si vous le préférez; il serait ridicule de vouloir vous contraindre. Adieu donc; au revoir, cher Galotti. Suivez-moi, Marinelli, il est tard.

odoard. // est absorbé dans ses pensées. — Quoi ! ne pourrai-je donc plus parler à ma fille ? ici au moins ne puis-je lui parler encore une fois ? Je consens à tout ; j'approuve tout; la maison du chancelier est sans doute un asile sûr pour la vertu d'une fille ; conduisez-y la mienne, monseigneur, conduisez-la dans cette maison ; mais auparavant je voudrais lui parler encore. Elle ne sait pas encore la mort du comte, elle ne comprendra pas pourquoi elle est ainsi séparée de ses parents; il faut que je lui parle pour lui annoncer avec ménagement la perte qu'elle a faite, et pour lui expliquer notre absence. Il faut que je lui parle, monseigneur, il le faut absolument.

le prince. — Venez donc la trouver, Galotti.

odoard. — Pourquoi, monseignenr. la fille ne viendraitelle pas plutôt trouver son père ? Envoyez-la ici, monseigneur, que je lui parle quelques moments en tète-à-tête, et je ne la retiens plus.

le prince. — Hé bien soit, Galotti. Oh ! si vous vouliez être mon ami, mon guide, mon père.

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