‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 264 sur 442 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

PIERRE, seul.

(Il court après un papillon, qu'il attrape enfin avec son chapeau.)

Ah ! — je l'ai attrapé. — Tiens! il est diablement beau : rouge, et bleu, et jaune! (// le perce avec une épingle et le pique sur son chapeau.) Saperlotte! Suis-je encore Pierre le sol? — Mon père m'appelle toujours maladroit; mais

parions que lui n'aurait pas attrapé si vite ce beau papilpillon1! — Oui, il veut'toujours être si avisé; je ne sais rien faire qui lui convienne, tantôt je parle trop, tantôt je parle trop peu, et si une fois entre autres je me parle à moimême, il me traite de fou. Eh ! c'est à moi que je parle le plus volontiers; car je ne ris pas de moi, comme les autres ont coutume de faire : quelle habitude désagréable ! De la part de madame Mùller, ah! je m'en accommode; car je suis déjà content, rien que de la voir rire une fois : elle est toujours si triste! — Ça, monsieur Pierre, nous allons chercher des fraises, et c'est madame Mùller qui aura les plus belles. (// va pour s'éloigner.) Diable ! j'allais presque oublier pourquoi je suis venu ici. [Il tire une bourse.) Elle m'avait si bien recommandé de porter cet argent au vieux Tobie, — mais de ne pas en dire un mot. — Oh! je suis muet comme un poisson. — Oui, c'est vrai, elle est belle, madame Millier, très-belle, mais bête, terriblement bêle! Car mon papa dit : « Celui qui dépense son argent est fou à moitié; mais celui qui le donne est un fou complet. »

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