SCÈNE IY FRANÇOIS, L'INCONNU, PIERRE
(Ces deux derniers sortant de la cabane.)
pierre. — Monsieur, je ne passerai qu'après vous.
l'inconnu. — Le sot!
François. — Sitôt de retour!
l'inconnu. — Oui.
François. — N'avez-vous pas trouvé les choses comme je vous les ai racontées ?
l'inconnu. — J'ai trouvé ce jeune homme.
François. — Qu'a-t-il de commun avec votre bienfaisance '?
l'inconnu. — Mon argent, le vieillard n'en a que faire!
François. — On l'a donc déjà secouru?
l'inconnu. — Demande à celui-là!
François. — Hé, jeune homme, que faisiez-vo.is donc dans cette cabane1?
pierbe. — Ce que j'y faisais? Rien du tout.
François. — Mais vous n'y êtes pas allé pour rien.
pierre. — Pour rien, vous dis-je... et pourquoi pas? Faut-il donc se faire payer de tout ce qu'on fait ? Un regard d'amitié de madame Millier me ferait grimper au pigeonnier.
François. — Ainsi c'est madame Millier qui vous a envoyé là?
pierre. — Eh! sans doute... Mais... je n'aime pas à jaser.
François. — Pourquoi donc?
pierre. — C'est qu'on me l'a défendu. «Allez, mon cher Pierre, m'a dit madame Millier; mais ne dites rien à per-
1. Ancien texte : « — François. Qu'a-t-il de commun avec \otre bienfaisance?— L'Inconnu. Il s'entend avec le vieillard. Oh ! comme ils se riraient de moi, s'ils avaient pu me rendre encore la dupe de mon cœur ! — François. Quoi ! vous pensez !... — L'Inconnu. Ils étaient ensemble... Que faisaient-ils? — François secoue la tête et sourit. Ou p?ut le savoir. (A Pierre.) Hé ! jeune homme, etc. »
sonne [avec u?t air desvffisancë), mon cher Pierre, je vous en prie. » Hé! hé !
François. — Ah I c'est différent ! et puisqu'il en est ainsi, votre devoir est d'être discret.
pierre. — Oh! je le suis bien aussi! J'ai dit au vieux. Tobie de ne point croire que l'argent dont j'étais porteur lui vînt de madame Millier.
François. — Fort bien... Lui porliez-vojs beaucoup d'argent?
pierre — Oh! ma foi, je n'ai pas compté... Il était dans une bourse de soie verte; je suppose que c'étaient ses épargnes de la quinzaine.
François. — Pourquoi justement de la quinzaine ?
pierre. — Parce que voilà juste quinze jours que j'ai encore porté de l'argent au vieillard... C'était... oh! oui, c'était un jour de fête... Car j'avais mis mon habit neuf.
fbançois. — Et cet argent venait de madame Millier ?
pierre. — Vraiment oui... et de qui donc? De mon p<'iv •.'... Il n'est pas si fou! il répète sans cesse qu'il faut conserver ce qu'on a, et qu'en été surtout on ne doit pas faire l'aumône, parce que dans celte saison la terre produit assez de fruits pour la nourriture des hommes.
François. — Le digne papa !
pierre. — Mais madame Millier se moque de tous ces discours. Lorsque les enfants de la vieille Lise eurent la petite vérole, vers Noël; — non, c'était après Noël.
François. — N'importe...
pierre. — Madame Millier voulut m'envoyer au village où la vieille Lise demeure; mais je ne pus m'y résoudre, car il y avait du verglas, et l'on disait que les enfants faisaient peur à voir.
François. — Eh bien! que lit madame Miille"?
pierre. — Ma foi, elle y alla elle-même, et elle porta ces sales petits marmots dans ses bras blancs. — Fi !
FRANÇOIS. — La singulière femme !
pierre. — Elle est parfois tout à fait bizarre. Elle pleurera souvent tout un jour sans savoir pourquoi. Si cela du moins ne m'affectait pas tant !... Mais quand elle pleure, adieu l'appétit! Il faut que je pleure aussi malgré moi.