ACTE II, SCÈXE Y
le bourgmestre. — Ma mère, ne me faites pas perdre la tête.
madame staar. — Oui. maintenant, la confusion va commencer. Il faut que tout Kramwinkel soit ébahi! Il est là! quand je te le dis : il est là! Pareil au grand roi de l'univers, qui est venu sur un fine, il t'a choisi, mon fils Nicolas! il est entré dans ta maison, heureux Bourgmestre et Doyen que tu es !
le bourgmestre. — Ma mère, je vous prie de vous exprimer clairement, car je ne sais déjà plus si je porte sur mon corps une tète ou un moulin à vent.
madame staar. — Tiens ! voici le portrait de notre trèsgracieux roi! Eh bien ! regardez vous-même: est-ce bien lui, oui ou non ?
le bourgmestre. — L'étranger en personne.
madame staar. —C'est juste.
le bourgmestre. — Mais, ma mère, d'où savez vous?...
madame staar. — N'ai-je pas vu le grand-père du roi, il y a quarante ans ; et le petit-fils n'est-ce pas la même figure? Je te dis que c'est là son portrait, et que son auguste personne marche au-dessus de nos tètes.
m. staar. — Nous voilà pris, il voyage incognito.
sperling. — Le père de la patrie dans les carrières !
le bourgmestre. — Oh! mon Dieu! que faire maintenant? Alors il faut que la garde bourgeoise vienne avec le vieux tambour.
seerling. — Et la compagnie des arquebusiers avec le drapeau.
m. staar. — Et le Conseil municipal avec les petits orphelins.
madame staar. — Hélas ! si feu mon seigneur' avait encore vu cela de son vivant !
le bourgmestre. — Mais enfin, est-ce bien sûr?
m. staar. — Comment mon frère peut-il encore douter? Notre mère n'a-t-elle pas vu le grand-père?