SCÈNE IV
qu'il serait bien fâché d'y avoir jamais marqué qui que ce soit; et que si quelque chose était capable de le dégoûter de faire des comédies, c'était les ressemblances qu'on y voulait toujours trouver, et dont ses ennemis tâchaient malicieusement d'appuyer la pensée', pour lui rendre d(; mauvais offices auprès de certaines personnes à qui il n'a jamais pensé. Et en effet je trouve qu'il a raison; car pourquoi vouloir, je vous prie, appliquer- tous ses gestes et toutes ses paroles, et chercher à lui faire des affaires en disant hautement : « Il joue un tel, » lorsque ce sont (les choses qui peuvent convenir à cent personnes? Comme l'atïaire de la comédie est de représenter en général tous les défauts des hommes, et principalement des hommes de notre siècle, il est impossible à Molière de faire aucun caractère qui ne rencontre quelqu'un dans le monde'; et s'il faut qu'on l'accuse d'avoir songé toutes les personnes* où l'on peut trouver les défauts qu'il peint, il faut sans doute qu'il ne fasse plus de comédies.
MOLIÈRE. — (( Ma foi, Chevalier, tu veux justifier Molière, et épargner notre ami que voilà.
LA GUAN'GE. — (( Poiut du tout. C'cst toi qu'il épargne, et nous trouverons d'autres juges.
MOLIÈRE. — (( Soit. Mais, dis-moi, Chevaher, crois-tu pas"^
1. Donner du crédit à l'opinion qui Taisait de Molière un nouvel Aiistophane.
2. Appliquer, c'est-à-dire attribuer à tel ou tel individu les « gestes et les paroles » de ses personnages.