ACTE I. SCÈNE II
Avec joie il l'y voit manger autant que six;
Les bons morceaux de tout, il fait qu'on les lui cède;
Et s'il vient à roter, il lui dit : « Dieu vous aide ! »
(C'est une servante qui parle'.) Enfin il en est fou; c'est son tout, son héros; 11 l'admire à tous coups, le cite à tout propos; Ses moindres actions lui semblent des miracles, Et tous les mots qu'il dit sont pour lui des oracles^ Lui, qui <^onnaît sa dupe et qui veut en jouir, Par cent dehors fardés a l'art de l'éblouir; Son cagotisme en tire à tout heure des sommes, Et prend droit de gloser sur tous tant que nous sommes. Il n'est pas jusqu'au fat- qui lui sert de garçon Qui ne se mêle aussi de nous faire leçon ; Il vient nous sermonner avec des yeux farouches, Et jeter nos rubans, notre rouge et nos mouches. Le traître, l'autre jour, nous rompit de ses mains Un mouchoir qu'il trouva dans une Fleur des Saints^, Disant que nous mêlions, par un crime effroyable, Avec la sainteté les parures du diable.
1. Cette note, qu'on attribue vraisemblablement à Molière, semble prouver que le poète se déliait un peu de la délicatesse de certains spectateurs. Du reste l'édition de 1682 nous apprend que les quatre vers suivis de cette note, étaient passés à la représentation.
2. Fat est ici synonyme de sot, niais, comme dans ce vers de Boileau :
Un fut quelcpiefois ouvre un avis important.
(Art jjuét., cliap. IV.)
j. Les Fleurs fies vies des saints et des fêtes de toute l'année, ouvrage du jésuite espagnol Ribadeneira, mort au commencement du xvii" siècle, ont été traduites et augmentées en français, et forment deux volumes in-folio, de format plus haut et plus large que les l'iutarques in-folio d'Amyot, ceux que choisissait sans doute Clirysale pour y mettre ses rabats.