ACTE II, SCÈNE II
De sortir d'embarras et rentrer dans ses biens : Ce sont fiefs qu'à bon titre au pays on renomme ; Et tel que l'on le voit, il est bien gentilhomme.
DORINE
Oui, c'est lui qui le dit; et cette vanité,
Monsieur, ne sied pas bien avec la piété.
Qui d'une sainte vie embrasse l'innocence
Ne doit point tant prôner son nom et sa naissance,
Kt l'humble procédé de la dévotion
Souffre mal les éclats de cette ambition.
A quoi bon cet orgueil?... Mais ce discours vous blesse:
Parlons de sa personne, et laissons sa noblesse.
Ferez-vous possesseur, sans quelque peu d'ennui,
D'une fdle comme elle un homme comme lui?
Et ne devez-vous pas songer aux bienséances,
Et de cette union prévoir les conséquences ?
Sachez que d'une tille on risque la vertu,
Lorsque dans son hymen son goût est combattu.
Que le dessein d'y vivre en honnête personne
Dépend des qualités du mari qu'on lui donne.
Et que ceux dont partout on montre au doigt le front
Font leurs femmes souvent ce qu'on voit qu'elles sont.
Il est bien diflicile enlln d'être iîdélc
A de certains maris faits d'un certain modèle;
Et qui donne à sa tille un homme qu'elle hait
Est responsable au Ciel des fautes qu'elle fait.
Songez à quels périls votre dessein vous livre.
Or.GON.
Je vous dis qu'il me faut apprendre d'elle à vivre.
DORINE
Vous n'en feriez que mieux de suivre mes leçons.
suade que l'on n'aurait plus d'utluchc aux richesses, si l'on avait ce qu'il faut. » (Bosslet : sermon sur Vlmpénilence finale, i" point.)
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ORGOX.
Ne nous amusons point, ma fille, à ces chansons r Je sais ce qu'il vous faut, et je suis votre père. J'avais donné pour vous ma parole à Valère ; Mais outre qu'à jouer on dit qu'il est enclin, J; le soupçonne cncor; d'être un peu libertin' :. Je ne remarque point qu'il ; hante. le&égii&es.-
DOniNE..
Voulez-vous qu'il y coure à vos heures précises, Comme ceux qui n'y vont cfue pour être aperçus?'
ORGON
Je ne demaiide pas votre avis là-dessus. Enfin avec le Ciel l'autre est le mieux du monde, Et c'est une ricliesse à nulle autre seconde; Cet hymen de tous hiens comblera vos désirs^ Il sera tout confit^ en douceurs et plaisirs. Ensemble vous vivrez, dans vos ardeurs fidèles. Comme deux vrais enfants, comme deux tourterelles ; A nul fâcheux débat jamais vous n'en viendrez» Et vous ferez de lui. tout ce que vous voudrez..
DOniNE.
Elle? elle n'en fera qu'un sot^, je vous assure.
ORfiOX.
(')uais! quels discours!
i . Libertin : sur le sens de ce mot voyez plus haut, p. 227, note 3.
"î. Confit : l'honnête Orgon, d^jà dépravé par Tartuffe, trace ici le tableau d'un bonheur conjugal, où le sensualisme est assaisonaé de; mysticisme et de dévotion. Régnier avait dit avant Molière :
Par ces plaisirs d'amour tout confits en délices.
{Élégies, 11.)
5. Sot a ici le sens de mari tromj é. Arnolphe dit dans l'École des ft'OTWes (Acte Ij.sc. i; :
Épouser une sotte est pour n'être point sot.