ACTE III, SCÈNE VI
OItGON.
(A Tartuffe.) (A son fils.)
on frère, c'en est trop. Ton cœur ne se rend point, Traître?
DA.MIS
Quoi? ses discours vous séduiront* au point....
OKGON.
(A Tartulle.)
Tais-toi, pondard. Mon frère, eh! levez-vous, de grâce!
(A son lils.)
Infàine.
DAMIS
Il peut...
ORGON
Tais-toi.
DAMIS
J'enrage! Quoi? je passe....
1 Or.GON.
i Si tu dis un seul mot, je te romprai les bras.
TARTUFiE.
; Mou frère, au nom de Dieu, ne vous emportez pas. f J'aimerais mieux souffrir la peine la plus dure, I Qu'il eût reçu poui' moi la moindre égratignure -.
I onGON.
î (A son fils.)
Ingrat !
1. Vous séduiront, vous tromperont : c'est le sens du mot latin seducere. C'est ainsi qu'Athalie interpelle Joad en ces termes :
Te voilà, séducteur! (Acte V, se. v.)
2. Que s'il avait reçu pour moi la moindre é[;Tatignure. .Même emploi de la conjonction que dans ces vers de Polycucte :
Mais que plutôt le Ciel à tes yeux me foudroie, Qu'k (les psnsers si bas je pui'sse consentir !
(Acte ni. se. v.)
'278 TARTITFE.
TAincFii;.
Laisspz-lo en' paix. S'il faul, à deux genoux, /oiis dcinauder sa LTàce....
(.\ son fils.) Coquin ! vuis sa boulé.
ORGON, àTartnire-,
Ilélas ! vous moquez-vous ?
D.VMIS.
Doue...
ORGO.N.
l'aix.
(Juoi? je....
ORGO.N.
i^iix, dis-jc.
Je sais bien quel nindf à l'atlaquer folili^e : Vous le haïssez lous; *.■! J,; vois aujourd'hui Femme, enfanis et valets déchaînés coulrc lui; On met impudemment toule chose en usage, Pour ôter de chez moi ce dévot personnage. Mais plus on fait d'effort afin de l'en bannir, Plus j'en veux employer à l'y mieux jxdeuir; Et je vais me liàter à lui donner ma lille. Pour confondre l'orgueil de toute nui famille"'.
1. On trouve au xvir siéclo da numbreux exeiiiples de l'clision de e dans le pronom; La Fontaine l'crit :
Du titre de clément rendez-Zc ambitieux.
{Élégie aux nijmphcs de Vaux.)
2. Orgon se jette àgenoux quand il voit TartutTe dans cette pasilion. Même jeu de scène dans Xa béplt (urujiiitui.r (ade III, se. m), où l'on voit .\ll)ert et Polydore à genoux l'un devant l'autre.
3. Orgon est on Irain d'appliquer ici les ju'incipes qu'il professait devant Cléante (acte I, se. t.) 11 serait francliemenl odieux, si l'on ne comprenait que cet esprit iiaiblc est dominé par l'art infernal do T;:rtuiïe, et que, honteux fjeut-être do sa lâciielé, il cherche à s'abuser luimême en s'érigeanl en tyran domeslique.