ACTE IV. SCÈNE I
Mais après le scandale et l'affront d'aujourd'hui, Le Ciel n'ordonne pas que je vive avec lui.
CLÉANTE
Et vous ordonne-t-il. Monsieur, d'ouvrir l'oreille A ce qu'un pur caprice à son père conseille. Et d'accepter le don qui vous est fait d'un bien Oi'i le droit vous oblige à ne prétendre rien?
lAl'.TLriE.
Ceux qui me connaîtront n'auront pas la pensée
Que ce soit un etfet d'une ànie intéressée.
Tous les biens de ce inonde ont pour moi peu d'appas',
De leur éclat trompeur je ne m'éljlouis pas;
Et si je me résous à recevoir du père
Cette donation qu'il a voulu me faire,
Ce n'est, à dire vrai, que parce que je crains
Que tout ce bien ne tombe en de méchantes mains,
Qu'il ne trouve des gens qui l'ayant en partage.
En fassent dans le monde un criminel usage.
Et ne s'en servent pas, ainsi que j'ai dessein,
Pour la gloire du Ciel et le bien du prochain-.
CLIÎANTE.
Hé, Monsieur, n'ayez point ces délicates craintes. Qui d'un juste' héritier peuvent causer les plaintes; Souffrez, sans vous vouloir embarrasser de rien, Qu'il soit à ses périls possesseur de son bien; Et songez qu'il vaut mieux encor qu'il en mésuse,
1. C'est à peu près le langage df'votenienl égoïste que La FonLaine prèle à son Rat qui s'est retiré du monde (Vil, m.) :
Les choses d'ici-bas ne me regardent plus.
2. « Tartuffe, dit Sainte-Beuve, pratique cette grande méthode de direction d'intention, qui consiste à se jjroposer pour fin de ses actions équivoques un objet permis. Évidemment il a lu et digéré la septième Provinciale; il sait sa théorie. » iPort-Roi/nl. tome 111, xvi.)