‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 277 sur 744 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

A Sganarelle, qui lui reproche d'avoir abandonné Elvire, Don i Juan a répondu que la fidélité n'est eu amour qu"un insuppor- , table esclavage, et qu'il ne veut y prendre pour guide que son caprice et son plaisir.

SGANARELLE. — 11 cst vrai, jc conçois que cela est fort agréable et fort divertissant, et je m'en accommoderais assez s'il n'y avait point de mal; mais, Monsieur, se jouer ainsi d'un mystère sacré, et...'.

Do.N JUAN". — Va, va, c'est une atraire entre le Ciel et moi,

1. Dès la première scène Molière nous prépare au dénouement, qui nous montrera le cliâliment de l'impie.

2. C'est encore la terreur de Sganarelle, prêt à tous les mensonges pour éviter la colère de Don Juan, qui nous fait le mieux connaître tout ce qu'a d'odieux ce » grand seigneur méchant homme ». Don Juan peut maintenant entrer en scène : nous allons assister au développement de son caractère, dont Sganarelle a fait mieux, quoi qu'il

ten dise, de nous donner une « ébauche n. 3. Le mariage, qui lie Don .ixan à Elvire.

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et nous la démêlerons bien ensemble, sans que tu t'en mettes en peine.

SGANAUELLE. — Ma l'oi ! ^Monsieur, j'ai toujours ouï dire que c'est une méchante raillerie que de se railler du Ciel, et que les libertins* ne font jamais une fin.

DON JUAN. — Holà ! maître sot, vous savez que je vous ai dit que je n'aime pas les faiseurs de remontrances.

SGANARELLE. — Jc ue paHc pas aussi à vous, Dieu m'en garde. Vous savez ce que vous faites, vous; et si vous ne croyez rien, vous avez vos raisons; mais il y a de certains petits impertinents dans le monde, qui sont libertins sans savoir pourquoi, qui font les esprits forts* parce qu'ils croient que cela leur sied bien; et si j'avais un maître comme cela, je lui dirais fort nettement, le regardant en face: « Osez-vous bien ainsi vous jouer au Ciel 5, et ne tremblez-vous point de vous moquer comme vous faites des choses les iilus saintes? C'est bien à vous, petit ver de terre, petit mirmidon* que vous êtes (je parle au maître que j'ai dit), c'est bien à vous à vouloir vous mêler de toiu"ner en raillerie ce que tous les hommes révèrent ? Pensez-vous (|ue pour être de qualité, pour avoir une perruque blonde et bien frisée, des plumes à votre chapeau, un habit bien doré, et des rubans couleur de feu (ce n'est pas à vous (lue je parle, c'est à l'autre), pensez-vous, dis-

1. Les libertins : les incrédules en matière religieuse; le sens de ce mot s'est limité à ceux qui vivent dans les plaisirs grossiers; mslis, au XVII" siècle, il désignait h la fois les débauchés et les impies, car ceux qui pratiquaient le libertinage ne cherchaient généralement dans l'incrédulité que l'excuse de leurs débauches, et voulaient avant tout s'affranchir de la religion, qui contrariait leurs passions perverses.

2. Esprits forts : tel est le nom générique donné par La Bruyère aux inci'édules : « Les esprits forts savent-ils qu'on les appelle ainsi par ironie? » (Caractères, XVL)

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