‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 354 sur 744 · ACTE III, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE V

En Yorité, les gens d'un mérite sublime Kntiaincnt de chacun et l'amour et l'estime; Et le vôtre, sans doute, a des charmes secrets Qui font entrer mon cœur dans tous vos intérêts. Je voudrais que la cour, par un regard propice, A ce que vous valez rendit plus de justice* : Vous avez à vous plaimlre, et je suis en courroux. Ouand je vois chatiue jour qu'on ne fait rien pour vous.

ALCESÏK.

Moi, Madame! Et sur quoi pourrais-je en rien prétendre-? Ouel service à l'État est-ce qu'on m'a vu rendre? Qu'ai-jc fait, s'il vous plait, de si brillant de soi, l'our me i»laindre à la cour qu'on ne fait rien pour moi?

Tous ceux sur qui la cour jette des yeux propices,

N'ont pas toujours rendu de ces fameux services.

il faut l'occasion, ainsi que le pouvoir;

El le mérite enfui que vous nous faites voir

Devrait....

AIXESTE.

Mon Dieu! laissons mon mérite, de grâce; De quoi voulez-vous là ipie la cour s'embarrasse?

1. Arsinoé confond Alccsle avec l'Adraste dont il a t'it' question plus haut (acte H, se. v.) :

Et l'on ne donne emploi, charge, ni bi'néfice, Qu'à tout ce qu'il se croit on ne fasse injustice.

2. Prétendre : Génin explique : prétendre sur quoi? nar prétendre sur (juelle chose? C'est une cireur : sur quoi veut dire en me fondant sur quoi? D'autres commenUleurs, îonl de en rien le régime de prétendre, et traduisent : prétendre à quelque chose. Il nous semble :jue prétendre est pris ici dans un sens absolu, et signifie : avoir dos prétentions, être ambitieux, comme dans ce passage de Bossuet, où, parlant de l'insatiable cupidité des courtisans, l'orateur dit : « Ils ne cessent do prclcndre ».( Sermon sur V Impénitencc finale.)

432 lE MISACTïIROPE.

Elle aurait fort à faire, et ses soins seraient grands D'» avoir à diiterrer le mérite des gens.

ARSKiOÉ.

Un mérite éclatant se déterre lui-même : Du vôtre, en bien des lieux, on fait un cas extrême ; Et vous saurez de moi qu'en ilexix fort bons endroits Vous fûtes hier loué par des gens d'un grand poids -

B'h! Madame, Ton loue aujourd'hui tout le monde, El le siècle par là n'a rien qu'on ne confonde'' : Tout est d'un grand méiite également doué. Ce n'est plus un honneur cpie de se voir loué; D'éloges on regorge, à la tète on les jette. Et mon valet de chandjre est mis dans la Gazette*.

Pour moi. je voudrais bien que, pour vous montrer mieux,

Une charge à la cour vous pût frapper les .yeux.

Pour peu que d'y songer vous nous fassiez les mines ^,

On ])eut pour vous servir remuer des machines.

Et j'ai des gens en main que j'emploierai pour vous,

Qui vous feront à tout un chemin assez doux.

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