‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 510 sur 744 · yotis pi\'sentc, T\oi\^ offre · texte numérisé non relu

yotis pi\'sentc, T\oi\^ offre

2. Mes écriliirrs, la déposition que le Commissaire a roriie de Slaitrc Jacques, et (]u'il a dû ronsig^ner jiar érrit sur l'ordre d'Harpagon : o Écrivez, monsieur, l'-crivez sa déposition ». (.\cte V, se. ri.)

G20 i;ayap.e.

ii.vni'AGON, montrnntmaitre Jacques. — Pour votre paypmont, voilà un homme que je vous donne à ])endre.

M.uïiiE JACQUKS. — Ilélas ! cominenl l'aut-il donc faire? On me donne des coups de bàlon pour dire vi'ai, et on me \eut peiidie pour mentira

ANSELMi:. — Seigneur Harpagon, il faut lui pardonner celle imi)oslure.

UAUPAcoN. — Vous payerez donc le Commissaire?

ANSELME. — Soit. Allons vite faire part de notre joie à ■votre mère.

UAUPAGON. — Et moi, voir ma chère cassette.

1. Voyez acte III. se. ii, où Maitre Jacques reçoit des coups de bâton d'Harpagon, i)Our lui avoir rapporté avec une sincérité imprudi'nto tout ce qu'on dit d(î son avarice.

NOTICE

Le Bourgeois gentilhomme est pout-ùtre, de toutes les comédios de Molièi'c. colle qui prouve le mieux la puissance de son fiénie d'observation. Prié par le roi de composer, pour les fêtes de la cour, un intermède bouffon, dont Lulli devait écrire la musique, Molière se trouva conduit, par la pente naturelle de son esprit, à transformer la plus vulgaire des mascarades en une comédie fine et profonde, directement empruntée aux mœurs du temps. Alors même qu'un caprice royal demandait à son imagination un simple livret de ballet, il ne pouvait renoncer à l'étude des hommes, ciiez lesquels son regard de « contemplateur » découvrait chaque jour de nouveaux ridicules.

l'ne ambassade turque, venue à Paris au mois de novembre UiG9 et reçue avec des honneurs extraordinaires, avait mis, pour le moment, les « turqueries » à la mode. La cour voulait s'égayer un peu aux dépens des envoyés du Grand Seigneur, après leur avoir prodigué tant de marques de respect, et Molière fut chargé de lui donner le divertissement que réclamait son humeur. Le poète ne satistit qu'à demi les courtisans, car si sa comédie se terminait par une amusante lioiiffomierie. elle contenait certaines peintures d'une vérité cruelle; on comprend que la cour

r.2-2 I,E BOURGEOIS GENTILHOMME.

■•lit IVoidcinciit accueilli le Bourgeois (jenlillio)iime, et no se soit déridée que le jour où le roi donna lui-même le signal des applaudissements. Sans doute elle dut s'égayer aux dépens de ce bourgeois ein-iclii dont la folie même était un hommage rendu au prestige de la noblesse ; mais comment accueillit-elle le personnage de Dorante, ce geniilhomme parasite qui exploite à s(in profit la sotie vanité d'un M.Jourdain et n'est, en définitive, qu'un parasite et un escroc? Sans doute on pouvait rire du marchand entiché de noblesse, mais il n'était que ridicule; on ne rit pas de Dorante, on le méprise. Après avoir égayé le public aux dépens des marquis, il restait à prouver qu'ils n'étaient ])as seulement d'insupportables poupées, mais que l'oisiveté, le luxe, les exigences de la vie de cour en faisaient aussi parfois des intrigants et des aigrefins. Molière n'était qu'un historien lidèle en montrant cette dernière déchéance de l'aristocratie humiliée par le despotisme de Louis XIV. Il est permis de croire qu'il n'eût pas osé risquer sur la scène une satire aussi hardie, s'il n'avait pas été sûr de la protection du roi. L'œuvre comique des successeurs de Molière prouve la vérité du personnage de Dorante : que de fois en elfet Dancourt mettra à la scène le gentilhomme ruiné réduit à vivre d'élégantes filouteries!

Déjà, dans l'École des femmes, Molière avait fait allusion au ridicule de certains bourgeois empressés à ériger en seigneurie le moindre lopin de terre. Il a repris ce sujet dans le Bourgeois gentilliomme, et l'esquisse est devenue un tableau de mœurs à la fois « amusant » et vrai. Pour mettre en relief la sottise de M. Jourdain, le poète lui a opposé le solide bon sens de sa femme et de la servante Nicole. Ne lui reprochons pas d'avoir parfois « fait grimacer )> son personnage et d'avoir donné à ce poitrait la violence d'une caricature. Il fallait bien rendre vraiseudilable la cérémonie finale où M. Jourdain est fait ma?namoiiclii, et, pour justifier l'illusion complaisante du bourgeois, il n'était pas inutile de lui prêter un petit grain de folie : de là la fantaisie burlesque des scènes où M. Jourdain s'im'tie aux beautés de l'escrime et de la grammaire.

.\près avoir paru devant la cour, à Ghambord, le 14 octobre l'oTO, la pièce de Molière fut représentée à Paris le 23 novembre •

KOTICE. 623

elle obtint sur la scène du Palais-Royal un brillant succès. Celuici, il faut le reconnaître, doit être surtout attribué à la cérémonie turque, cfui terminait la comédie; mais nous avons eu déjà l'occasion de remarquer combien était vif le froùt des contemporains de Molière pour les divertissements de ce frenr». où la musique et la danse accompaj^naient les joyeuses fantaisies du jioete.

ACTEURS

MONSIEUR JOURDAIN, bourgeois.

MADAME JOrRDAiN, sa iemme.

LIICILE, nilo de M. .loiu-flaiu.

NICOLE, servante.

CLEONTE, amoureux de Lucile COVIELLE. valet de Géante. DORANTE, comte, amant de Dorimène DORIMÈNE, marquise.

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