‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 513 sur 744 · ACTE I. SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I. SCÈNE I

délicatesses d'un art, qui sachent faire im doux accueil aux beautés d'un ouvrage, et par de chatouillantes* approbations vous régaler- de votre travail. Oui, la récompense la plus agréable qu'on puisse recevoir des choses que l'on fait, c'est de les voir connues, de les voir caressées d'un applaudissement qui vous honore. Il n'y a rien, à mon avis, qui nous paye mieux que cela de loufes nos fatigues; et ce sont des douceurs exquises que des louanges éclairées.

MAÎTP.E DE MUSIQUE. — J'cu dcnieiu'e d'accord, et je les goûte comme vous. Il n'y a rien assurément qui chalouille davantage que^ les applaudissements que vous dites. Mais cet encens ne l'ail pas vivre; des louanges toutes pures ne mettent peint im homme à son aise : il y faut mêler du solide ; et la meilleure façon de louer, c'est de louer avec les mains*. C'est un homme, à la vérité, dont les lumières sont petites, qui parle à tort et à travers de toutes choses, et n'applaudit qu'à contre-sens; mais son argent redresse les jugements de son esprit; il a du discernement dans sa bourse; ses louanges sont monnayées^; et ce bourgeois ignorant nous vaut mieux, comme vous voyez, que le grand seigneur éclairé qui nous a introduits ici.

baptême : l'on dirait que ce soit un taux sur les sacrements. » (Caractères, chap. xiv, de quelques usages.)

1. Le verbe chatouiller, d'un emploi très fréquent au xvii° siècle, ap. partenait même au « style nobij » :

Ce nom de roi des rois et de chef de la Grèce Chatouillait de mon cœur l'orgueilleuse faiblesse.

(Raci.ne : Iphigéiiie, I, i ) ■2. Régaler, récompenser, dédommagrer.

"). Davantage que. Littré, qui cite cet exemple do Molière, fait observer que les grammairiens modernes ont décidé que davantage ne pouvait être suivi de que; mais cette décision, ajoute-t-il, est en contradiction avec l'usage des meilleurs écrivains.

i. Louer avec les mains pourrait s'entendre aussi biei des applaudissements que du payement; mais ce qui précède ne permet pas qu'on s'y trompe. {Note d'Auger.) .'). Prennent corps en monnaie, sont converties, frappées en monnaie.

M.vÎTRK À DANSER. — H Y » quclquo cliose clc Vrai dans ce (|ue vous dites ; mais je trouve que vous appuyez un peu li-op sur l'argent ; cl l'intérêt est quelque chose de si bas, qu'il ne faut jamais qu'un hoimète lionnne montre pour lui de l'attachement.

MAÎTHE DE MUSIQUE. — Vous rcccvez fort bien pourtant l'argent que notre homme vous donne.

maItre à danser. — Assurément; mais je n'en fais pas tout mon bonheur, et je voudrais qu'avec son bien, il eût encore quelque bon goût des choses.

MAÎTRE DE MUSIQUE. — Je le voudrais aussi, et c'est à quoi» nous travaillons tous deux autant que nous pouvons. Mais, en tout cas, il nous donne moyen de nous faire connaître dans le monde ; et il payera pour les autres, ce que les autres louei'ont pour lui.

MAÎTRE À DANSER. — Lc VOllà (jUÎ vioilt.

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