ACTE II, SCENE II
MONSIEUR JOURDAIN. — Euh?
MAÎTRE DE MUSIQUE. — Vous faites flos mervcilIes.
MAÎTRE d'armes. — Je VOUS l'ai déjà dit, tout le secret des armes ne consiste qu'en deux choses, à donner, et à ne point recevoir: et coinino je vous Ils voir l'autre jour par raison démonstrative, il ecl impossible que vous receviez, si vous savez détourner lépée de votre eniiemi de la ligne de votre corps : ce qui ne dépend sculeuieut que d'un petit mouvement du poignet ou en dedans, ou en dehors.
MONSIEUR JOURDAIN. — De Celle façon doue, un homme, sans avoir du cœur, est sûr de tuer son homme, et de n'être point tué.
MAÎTRE d'armes. — Saus doule. iN'en viles-vous pas la démonstration?
monsieur JOURDAIN. — Oui.
maître d'armes. — Et c'est en quoi l'on voit de quelle considération nous autres nous devons être dans un État*, et combien la science des armes l'emporte hautement sur toutes les autres sciences inutiles, comme la danse, la musique, la....
MAÎTRE À DANSER. — Tout beau, "Moiisicur le tireur d'armes : ne parlez de la danse qu'avec res])cct.
MAÎTRE DE MUSIQUE. — Apprcuez, je VOUS pric, à mieux traiter Texcellence de la musique.
MAÎTRE d'armes. — Vous ètcs dc plaisanlcs gens, de vouloir comparer vos sciences à la mienne !
maître de musique. — Voyez un peu l'homme d'importance !
maître à danser. — Voilà un plaisant animal, avec son plastron!
bras de l'adversaire, en laissant son épôe à droite.... Porter une tierce, nne hotte en /(Vrce..., porter une botte dans eeU<> ])osition. [Dictionnaire de VAcfidcmic, 1S78.)
1. Louis XIV, par lettres patentes de IfiiJI), avait accorde aux six plus anciens maîtres d'arraes de Paris, après vingt années d'exercice, la
()42 I>E BOUIUiKOlS CENTILIIOMME.
maItiie d'armes. — Mon petit maître à danser, je vous ferais danser comme il l'aut. Et vous, mon petit musicien, je vous ferais* chanter de la belle manière.
MAÎTRE À DANSER. — Mousicur le baltcur de fer, je vous apprendrai votre métier.
MONSIEUR JOURDAIN, au Maitre à drnsci-. — Etes-VOUS foU de
l'aller quereller, lui qui enlenil la tierce et la quarte, et qui sait tuer un homme par raison démonstrative?
MAÎTRE À DANSER. — Je me moquB de sa raison démonstrative, et de sa tierce et de sa quarte.
MONSIEUR JOURDAIN. — Tout doux, VOUS (lis-je.
MAÎTRE d'armes. — Commcut? petit im|)erlinent.
MONSIEUR JOURDAIN. — Eh I iiion Maître d'armes.
MAÎTRE À DANSER. — Commcnt? grand cheval de carrosse.
monsieur JOURDAIN. — Eh I inou Maître à danser.
MAÎTRE d'armes. — Si je me jette sur vous....
MONSIEUR JOURDAIN. — DouceiTient.
MAÎTRE À DANSER. — Si je luets suu VOUS Ui main....
MONSIEUR JOURDAIN. — Tout beau.
MAÎTRE d'armes. — Jc VOUS étrillerai d'un air....
MONSIEUR JOURDAIN. — De gràce !
MAÎTRE À DANSER. — Je VOUS rosscraî d'une manière....
MONSIEUR JOURDAIN. — Je VOUS prie.
MAÎTRE DE MUSIQUE. — Laissez-uous un peu lui apprendre à parler.
MONSIEUR JOURDAIN. — Mou DJcu ! arrètez-vous.
nolilesse Irnnsmissilîle à leurs dcscendanti. Voilà qui peut justifier l'orgueil du maitre d'armes de M. Jourdain.
1. Sous-entendu, pour expliquer l'emploi conditionnel, si je le voulais.