‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 621 sur 744 · SCENE PREMIÈUE ARMANDE, HENRIETTE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈUE ARMANDE, HENRIETTE

AUMANDE.

Quoi? le boau nom do (illc est un litre, ma sœur, Ront vous voulez quitter la channanle doueeur, Et <ie vous marier vous osez faire fête'? Ce vulgaire dessein vous peut monter en tète-?

HENRIETTE

Oui, ma sœur.

ARMA.NDE.

Ah! ce « oui » se peul-il supporter,

1. Faire fêta d'une cliose, c'est la vanter, en promettre aux autres ou à soi-même tieaucoup d'agrément. Parlant de Molière, qui dans une socit'té n'avait pas répondu à l'éloge qu'on avait fait do lui, Elise dit, dans Ut Critique de l'Ecole des femmes, se. ii : » Jamais il ne parut si sot parmi une demi-douzaine de gens à qui elle tuait fait fête de lui. » Ici Ârmande s'étonne qvi'Henriette se promette de trouver le bonheur dans le mariage.

2. Manier en tête, venir à l'esprit ; mais l'expression dont se sert Molière assimile ce « vulgaire dessein » à une boisson capiteuse qui trouble le cerveau.

7ifi LES FEMMKS SAVANTES.

Kl snns un mal do cn'ur' saiirail-on rrcouler?

On'a iloiif II' iiiariaj^'e en soi (lui vous oblige, Ma sd'iir... -?

AliMANDK.

Ah, mon Dieu! fi !

UENUIETTE.

Comment?

ARMANDE

Ah, fi ! vous dis-je.

Ne concevez-vous point ce que, dès qu'on l'entend, Un tel mot à l'esprit offre de dégoûtant? De quelle étrange image on est par lui blessée? Sur quelle sale vue il traîne la pensée? N'en frissonnez-vous point? et pouvcz-vous, ma sœur, Aux suites"' de ce mot résoudre votre cœur*?

HENRIETTE

Les suites de ce mol, quand je les envisage. Me font voir un mari, des enfants, un ménage; Et je ne vois rien là, si j'en puis raisonner. Qui blesse la pensée et fasse frissoinier.

1. Sans un mal de cœur : Armande exprime son aversion pour le mariage dans le langage; cependant ici assez grossier, de la |)réciosité; c'est ain-i que la précieuse Climène, qui vient de voir jouer l'École (les femmes, s'écv\a ; « Je suis encore en défaillance du vinl de cœur que cela m'a donné ». {La Critique de l'École des /Vwmcs, se. m.)

2. Henriette ne peut acliever sa pensée, qui est sans doute celle-ci : qu'est-ce qui vous oblige à montrer pour le mariage une telle aversion?

Page 1