‹ Théatre choisi de MolièreChapitre 672 sur 744 · ACTE III. SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE III. SCENE II

AUM.VNDE.

Nous approfondirons, ainsi que la physique, Grannnaire, histoire, vers, morale et pohtique.

PHIL.VMINTE.

La morale a des traits dont mon cœur est épris. Et c'était autrefois l'amour des grands esprits ; Mais aux Stoïciens je donne l'avantage, Et je ne trouve rien de si beau que leur sage*.

.Vr.M.VNDE.

Pour la langue, on verra dans peu nos règlements, Et nous y prétendons faire des remuements*. Par une antipathie ou juste, ou naturelle. Nous avons pris chacune une haine mortelle Pour un nombre de mots, goit ou verbes ou noms, Que mutuellement nous nous abandonnons; Contre eux nous préparons de mortelles sentences'. Et nous devons ouvrir nos doctes conférences Par les proscriptions de tous ces mots divers Dont nous voulons purger et la prose et les vers*.

PHILAMIXTE.

Mais le plus beau projet de notre académie, Une entreprise noble, et dont je suis ravie, Un dessein plein de gloire, et qui sera vanté Chez tous les beaux esprits de la postérité, C'est le retranchement de ces syllabes sales,

1. Les stoïciens, disciples du pliilosophe fjrec Zenon, avaient formé Viflée d'un s'iqe exempt de toutes les faiblesses humaines et dont ils proposaient la perfection à l'émulation de leurs disci|)les-.

2. Remuements, des changements, des modifications. 5. Des condamnations à mort.

4. iMolière fait ici allusion aux tentatives faites par les précieuses de l'hôtel de Rambouillet, pour bannir de la langue certains mots qui leur déplaisaient. Cur, qui eut l'honneur d'être défendu par Voiture fut un des plus menacés.

Oui dans les plus beaux mots produisent des scandales,

Ces jouets éternels des sots de tous les leinjjs,

Ces fades lieux comnuuis de nos méchants plaisants,

Ces sources d'un amas d'équivoques infâmes.

Dont on vient faire insulte à la pudeur des femmes'.

Voilà certainement d'admirables projets!

BÉLISE

Vous verrez nos statuts, quand ils seront tous faiis.

TrassoTiN.

Ils ne sauraient manquer d'être tous beaux et sages.

ARMANDE

Nous serons par nos lois les juges des ouvrages; Par nos lois, prose et vers, tout nous sera soumis; Nul n'aura de l'esprit hors nous et nos amis-; Nous chercherons partout à trouver à redire. Et ne verrons que nous qui sachent ^ bien écrire.

1. Molière est revenu l'i plasieurs reprises sur ce genre de scrupules, qui dénotent en réaliLé ])ius do perversité que de délicatesse. (Cf. In Crilique de l'École des femmes, se. v, et la Comtesse d'Escarbagnns, se. VII.) Ces attaques réitérées prouvent qu'il n'a pas inventé cette dépravation de la pruderie féminine et'qu'il en a trouvé des exemples dans la société précieuse du xvii° siècle.

2. .Vrmande donne ici la formule éternelle de toutes les coteries littéraires.

5. Sachent s'accorde ici avec le relatif, et non, selon la règle, avec le pronom précédent nous. On trouve dans certaines éditions sache au singulier, et il faut alors entendre : nous ne verrons aucune c.utre personne qui sache, etc.

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