ACTE III, SCÈNE X
ToiNETTr. — Igaoraiil.
AKGA.\. — Des œufs Irais,
ioixETTE. — Ignorant.
ARG.VN. — Et le soir des petits pruneaux pour lâcher !c ventre.
ToixETTE. — Ignorant.
AKGAN. — Et surtout fie boire mon vin fort trenip*'.
TOiNETTE. — h/unifinlitu, ignoranta, 'ujnoranlum. il laiil lioire votre vin pur; et pour épaissir votre sang, qui est trop subtil, il faut niangcu' de bon gros bœuf, de bon gros porc, de bon fromage de Hollande, du gruau et du riz, et (les nuuTons et des oublies, pour coller et conglutiner. Votre médecin est une bêle. Je venx vous en envoyer nn de ma main, et je viendrai vous voir de temps en t(!mps, tandis qu(> je serai en cette \Tlle.
ARGAx. — Vous m'obligez beauconp.
Toi.NETTE. — Que diantre faites-vous de C(> bras-là?
AncAX, — C.onuneid ?
ToiNETTE, — Voilà Un bms que je me ferais con|ier loiil à rheiu'e, si j'étais que' de vous.
ARGAx. — Et pourquoi?
TOINETTE. — Ne voyez-vous pas qu'il lire à soi toiile la nourriture, et qu'il empêche ce C(Mé-là (b; prolilei?
ARGAN. — Oui; mais j'ai besoin de mon bras.
TOINETTE. — Vous avez là aussi un O'il droit {\\\o je me ferais crever, si j'étais en votre place
ARGAN. — Crever un œil?
TOINETTE. — Ne voyez-vous pas qu'il incommode l'autre, et lui dérobe sa nourriture? Croyez-moi, faites-vous-le crever au plus tôt, vous en verrez plus clair de l'œil gauche.
ARGAN. — Cela n"est pas pressé.
TOINETTE. — Adieu. Je suis fâché de vous quitter si tùl ;
1 . Si j'élnis que de vous, locution fréquemment employ'c pnrMoIièro, et que Génin I Lexique deMolii-re. p. 1(W) prétend corro'^piinilio ;iu laliti ; si essem quurl de te est.
874 M' MALAl)!'; IMACINAIUE.
mais il faut que je me trouve à uuo grande coMsullation qui se doit l'aiie [)Our un lioiiime (jui mourut liier.
AiiGAN. — Pour un homme qui mourut hier?
ToiNETTE. — Oui, pour aviser, et voir ce qu'il aurait failn lui faire poiu' le gui'rii'. .Insijn'an revoir.
Ar.r. \N. — Vous savez ([ue ii's malades ne reconduisent jioint.
Argaii, qui ne pcul pardonner à sa fille de n'avoir pas acceplû l'époux qu'il lui propose, Thomas Diafoirus, le propre neveu de son médecin, M. Purgon, a résolu de la mettre au couvent. Il ne se doute pas qu'en prenant cette résolution, il sert les desseins de sa femme, Béline. qui, grâce à quehjues caresses et en favorisant sa manie, s'est emparée de l'esprit du malade imaginaire. Fort heureusement le frère d'Argan, Béralde,etToiiiette sa servante, vont lui ouvrir les yeu.^c et l'édiiier sur les véritables sentiments de sa femme et de sa fille. Pour cela, ils vont les soumettre toutes les deux à une commune éjireiivr. eu leur faisant croire qu'Argan vient de inomir.
SCKXK XJ TOINETTE, ARGAN, BÉUALDE.
BÉRALDE. — Oh çà! mou frère, puisque voilà votre Monsieur Purgon brouillé* avec vous, ne voulez-vous pas bien que je vous parle du parti qui s'offre pour ma nièce?
ARGAN. — Non, mon frère; je veux la mettre dans un couvent, puisqu'elle s'est opposée à mes volontés. Je vois bien qu'il y a quelque amourette là-dessous, et j'ai découvert certaine entrevue secrète, qu'on ne sait pas que* j'aie découverte.
EÉRAi.DK. — lié bien! mon frère, quand il y aurait quel-
1. Dans une scène précédente, M. Purgon a rompu avec Argan. on apprenant que celui-ci, conseillé par Béralde, n'avait pas voulu prendre
un clyslèro « composé piir ses soins ».
2. Qu'on ne mùlpasque : sur celte construction, voyez p. lit. note 2.
A(.TF: III, SCK.NK XI. .ST.-.
que pelilo inclination', cela soraiL-ii ^i ciiniini'l, (t licn peut-il vous otlcnser, quand tout ne va- qu'à des choses honnêtes comme le mariage?
ARGA.N. — Quoi qu'il en soit, mon IVèie, elle sera re.'igieuse, c'est une chose résolue.
BKRALDE. — Vous voulez l'aire plaisir à quelqu'un'.'
ARGAN. — Je vous entends : vous en revenez toujours là, et ma femme ^ vous tient au cœur.
BiÎKALDE. — Hé bien ! oui, mon frère, puisqu'il faut jiarler à cœur ouvert, c'est votre femme c(ue je veux dire; el non plus que rentèlenionl de la médecine, je ne puis vous soud'rir l'entèlenienl où vous êtes pour elle, el voir que vous donniez tète baissée dans tous les pièges qu'elle vous tend.
Toi.NETTE. — Ah! Monsieur, ne parlez point de Madame : c'est une fennne sur laquelle il n'y a rien à dire, une femme sans artilice, el qui aime .Monsieui', qui l'aiine... on ne peut pas dire cela.
aikjAn. — llemandez-lui un peu les caresses qu'elle me fait.
ToiNETiE. — Cela est viai.
.UîG.vs. — L'inquiétude que lui donne ma maladie.
ToisETTE. — Assurément.
.VRGAX. — El les soins el les peines qu'elle prend autour de moi.
TOI.NETTE. — il esl ccrtain. Voulez-vous que je vous convainque, el vous fasse voir tout a l'heure comme Madame aime Monsieur'/ Monsi(>ur, soulfrez cpie je kii monlre .son bec jaune*, et le tire d'eri'eur.