‹ Théatre choisi de Regnard (volume 2)Chapitre 49 sur 168 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

(Haut.) J'ai vu pareillement, par votre ordre, Angélique : Elle m'a dit...

VALÈRE, frappant du pied.

Morbleu ! ce dernier coup me pique ; Sans les cruels revers de deux coups inouïs. J'aurais encor gagné plus de deux cents louis.

HECTOR

Cette fille, monsieur, de votre amour est folle.

VALÈRE, à part.

Damon m'en doit encor deux cents sur sa parole.

HECTOR, le tirant par la manche.

Monsieur, écoutez-moi ; calmez un peu vos sens ; Je parle d'Angélique, et depuis fort longtemps.

VALÈRE, avec distraction.

Ah ! d'Angélique? Eh bien ! comment suis-je avec elle?

HECTOR

On n'y peut être mieux. Ah ! monsieur, qu'elle est belle ! Et que j'ai de plaisir à vous voir raccroché !

VALÈRE, avec distraction.

A te dire le vrai, je n'en suis pas fâché.

HECTOR

Comment ! quelle froideur s'empare de votre âme ! Quelle glace ! Tantôt vous étiez tout de flamme. Ai-je tort quand je dis que l'argent de retour Vous fait faire toujours banqueroute à l'amour? Vous vous sentez en fonds, ergo * plus de maîtresse.

VALÈRE

Ah ! juge mieux, Hector, de l'amour qui me presse. J'aime autant que jamais ; mais sur ma passion J'ai fait, en te quittant, quelque réflexion. Je ne suis point du tout né pour le mariage : Des parents, des enfants, une femme, un ménage. Tout cela me fait peur. J'aime la liberté.

Page 1