SCÈNE PREMIÈRE : DORANTE, ANGÉLIQUE, NÉRINE
DORANTE
Hé ! madame, cessez d'éviter ma présence.
Je ne \'iens point, armé contre votre inconstance.
Faire éclater ici mes sentiments jaloux.
Ni par des mots piquants exhaler mon courroux.
Plus que vous ne pensez, mon cœur vous justifie.
Votre légèreté veut que je vous oublie :
Mais, loin de condamner votre cœur inconstant.
Je suis assez vengé si j'en puis faire autant.
ANGÉLIQUE
Que votre emportement en reproches éclate ;
Je mérite les noms de volage, d'ingrate.
Mais enfin de l'amour l'impérieuse loi
A l'hymen que je crains m'entraîne malgré moi :
J'en prévois les dangers ; mais un sort tyrannique.
DORANTE
Votre cœur est hardi, généreux, héroïque : Vous voyez devant vous un abîme s'ouvrir. Et vous ne laissez pas, madame, d'y courir.
Quand j'en devrais mourir, je ne puis plus me taire. Je vous empêcherai de terminer l'affairé : Ou si dans cet amour votre cœur engagé Persiste en ses desseins, donnez-moi mon congé. Je suis fille d'honneur ; je ne veux point qu'on dise Que vous ayez sous moi fait pareille sottise. Valère est un indigne ; et, malgré son serment, Vous voyez tous les jours qu'il joue impunément.
ANGÉLIQUE
En faveur de mon faible il faut lui faire grâce. De la fureur du jeu veux-tu qu'il se défasse.