SCÈNE VI : ANGÉLIQUE, DORANTE. NÉRINE, MADAME LA RESSOURCE
DORANTE
Ils prennent leur parti.
MADAME LA RESSOURCE
La rencontre est plaisante !
Je l'ai démarquisé bien loin de son attente. J'en voudrais faire autant à tous les faux marquis.
NÉRINE
Vous auriez, par ma foi, bien à faire à Paris. Il est tant de traitants* qu'on voit, depuis la guerre. En modernes seigneurs sortir de dessous terre Qu'on ne s'étonne plus qu'un laquais, un pied-plat. De sa vieille mandille* achète un marquisat.
ANGÉLIQUE, à madame la Ressource.
Vous avez découvert ici bien du mystère.
MADAME LA RESSOURCE
De quoi s'avise-t-il de me rompre en visière*?
Mais, aux grands mouvements qu'en ce lieu je puis voir.
I. Sainte-Beuve écrit : • Dans sa comtesse bourgeoise et précieuse, dans son marquis fringant et freluquet et dans bien d'autres portraits qu'il introduit incidemment, Regnard a peint les anoblis, les enrichis, les fats de toutes sortes qui vont bientôt être le monde de la Régence. Il voyait au naturel et peignait avec saillie ces génératioas alTectées et grossières. C'est le jeu, c'est le vin, le contraire en tout du sobre et du poli ; l'orgie avait commencé à huis clos... » — 2. Traitant : financier chargé du recouvrement des impôts. — 3. Mandille : casaque que portaient les laquais. — 4. Rompre en visière: contredire, attaquer brusquement.