ACTE II
Il ne faut point ici perdre le jugement,
Mais en homme d'esprit tourner un compliment.
{Haut.) Madame, s'il est vrai, selon nos axiomes Que tous corps ici-bas sont composés d'atomes. Chacun doit convenir, en voyant vos attraits. Que le vôtre est formé d'atomes bien parfaits'. Ces organes subtils, d'où votre esprit transpire*, Avant que vous parliez, font que je vous admire.
CLÉANTHIS
A votre air étranger, on devine aisément...
STRABON
A mon air étranger ! Parlez plus congrument. Je suis homme de cour ; et pour la politesse. J'en ai, sans me vanter, de la plus fine espèce.
CLÉANTHIS
Un esprit méprisant ne m'a point fait parler ; Et tous nos courtisans voudraient vous ressembler.
STRABON
Je le crois.
CLÉANTHIS
Je voulais par vous-même m'instruire Quel sujet, quelle affaire à la cour vous attire.
STRABON
C'est par l'ordre du roi que j'y viens aujourd'hui ; Je suis, sans me vanter, assez bien avec lui ; Le plaisir de nous voir quelquefois nous rassemble. Et nous devons, je crois, ce soir souper ensemble.
CLÉANTHIS
C'est un honneur qu'il fait à peu de courtisans.
STRABON
D'accord ; mais il sait vivre et connaît bien ses gens. Pour convive, je suis d'une assez bonne étoffe, Suivant de Démocrite, et garçon philosophe.
I. Sirafton parle selon les théories du philosophe Démocrite, dont il est » le suivant ». — 2. Transpirer: transparaître, se manifester.
CLÉANTHIS
On le voit ; votre esprit éclate dans vos yeux.
SÏRABON
Madame...
CLÉANTHIS
Tout en vous est noble et gracieux.
STRABON
Madame, à bout portant vous tirez la louange ! Je veux être un maraud, si mes sens, en échange Auprès de vos appas, ne sont tout stupéfaits.
CLÉANTHIS
Peu de cœurs devant vous ont conservé leur paix.
STRABON
Oh ! madame, il est vrai qu'on est fait d'un modèle A ne pas attaquer vainement une belle. On sait de son esprit se servir à propos ; Se plaindre, se brouiller, écrire en quatre mots, Revenir, s'apaiser, se remettre en colère, Faire bien le jaloux et vouloir se défaire ; Commander à ses pleurs de sortir au besoin ; Être un jour sans manger, bouder seul en un coin ; Redoubler quelquefois de tendresses nouvelles. Lorsque l'on sait jouer ce rôle auprès des belles On est bien malheureux et bien disgracié Quand on manque, à la fin, d'en tirer aile ou pied.
CLÉANTHIS
La nature, en naissant, vous fit l'âme sensible.
STRABON
Le soufre préparé n'est pas plus combustible.
CLÉANTHIS
Ainsi donc votre cœur s'est souvent enflammé? Vous aimiez autrefois?
STRABON
Non, mais j'étais aimé.
Je me suis signalé par plus d'une victoire. Mais si de vous aimer vous m'accordiez la gloire,