‹ Théatre choisi de Regnard (volume 2)Chapitre 91 sur 168 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

Vous aimer est un bien pour moi plus précieux Qu'être admis à la table et des rois et des dieux ; Et l'on ne leur sert point, même en des jours de fête. De morceau si friand à mon goût que vous l'êtes.

CLÉANTHIS

N'êtes-vous point de ceux dont l'usage est connu Qui ne sont amoureux que quand ils ont bien bu, A qui beaucoup de vin fait sortir la tendresse ; Qui vont en cet état aux pieds de leur maîtresse Exhaler les transports de leurs brûlants désirs. Et pousser des hoquets en guise de soupirs? De nos jeunes seigneurs c'est assez la manière.

STRABON

Ma tendresse n'est point d'un pareil caractère ; Bacchus n'est point chez moi l'interprète d'amour ; J'ai près du sexe, enfin, l'air* de la vieille cour. Mon cœur s'est laissé prendre en vous voyant paraître, Et de ses mouvements n'a plus été le maître. L'esprit, la belle humeur, la grâce, la beauté. Tout en vous s'est uni contre ma Uberté.

CLÉANTHIS

Ce n'est point un retour de pure complaisance Qui me fait hasarder la même confiance. Mais je vous avouerai qu'à vos premiers regards Mon faible cœur s'est vu percé de toutes parts. Je ne sais quel attrait et quel charme invisible En un instant a pu me rendre si sensible ; Et je n'ai point senti de transports aussi doux Pour tout autre mortel que j'en ressens pour vous.

STRABON

En vous réciproquant, vous êtes, je vous jure. De ces heureux transports payée avec usure. L'on n'a jamais senti des feux si violents Que ceux qu'auprès de vous et pour vous je ressens. Mais ne puis-je savoir, en voyant tant de charmes, Quel est l'aimable objet à qui je rends les armes?

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