SCÈNE II : MERLIN, LISETTE
Bonjour, ma chère enfant. Qui est cette vieille madame avec qui tu étais en conversation?
LISETTE
Quoi ! tu ne connais pas madame Bertrand, la tante de ma maîtresse?
MERLIN
Si fait vraiment, je ne connais autre' ; je ne l'avais pas bien envisagée'.
LISETTE
C'est une femme fort à son aise, qui a de bonnes rentes sur la ville, des maisons à Paris. Lucile est fort bien apparentée, au moins.
MERLIN
Oui, mais elle n'en est pas plus riche.
LISETTE
Il ne faut désespérer de rien ; cela peut venir. S'il lui mourait trois oncles, deux tantes, trois couples de cousins germains, deux paires de neveux et autant de nièces, elle se trouverait une fort grosse héritière.
MERLIN
Comment diable ! Mais sais-tu bien qu'en temps de peste, cette fille-là pourrait devenir un très gros parti?
LISETTE
Le parti n'est pas mauvais dès à présent ; et la beauté...
MERLIN
Tu as raison, sa beauté tient lieu de tout, et mon maître est absolument déterminé à l'épouser.
LISETTE
Et elle, absolument déterminée à épouser ton maître.
MERLIN
Il y aura peut-être quelque tribulation à essuyer au retour de notre bonhomme de père ; mais il ne reviendra pas sitôt, nous aurons le temps de nous préparer ; et mon maître ne sera pas malheureux, s'il n'a que ce chagrin-là de son mariage.
LISETTE
Comment donc? que veux-tu dire?
MERLIN