ACTE IV
De huit, de cinq, de sept. J'achèterais, je pense.
Deux ou trois marquisats des mieux rentes de France.
VALENTIN
Quelle aubaine ! Le bien vous vient de toutes parts.
De grâce, laissez-moi promener mes regards
Sur ces billets moulés '. dont l'usage est utile.
La belle impression ! les beaux noms ! le beau style I
Ce sont là les billets qu'il faut négocier.
Et non pas vos poulets, vos chifTons de papier.
Où l'amour se distille en de fades paroles.
Et qui ne sont partout pleins que de fariboles.
Va, j'en connais le prix tout aussi bien que toi ; Mais jusqu'ici l'usage en fut peu fait pour moi : J'espère à l'avenir m'en servir comme un autre.
VALlîNTIN
Vous ignorez encor quel bonheur est le vôtre ; Votre frère pour vous vient encor d'être pris. Le marquis, qui jadis nous prêta cent louis. Est venu brusquement lyi demander la somme. Votre frère d'abord a rembarré son homme ; Mais lui, sourd aux raisons qu'il a pu lui donner, A voulu sur-le-champ le faire dégainer.
Notre jumeau prudent n'en a voulu rien faire ; Et, mettant à profit mon conseil salutaire, Il en a déUvré plus de moitié comptant. Que le marquis a pris toujours en rabattant.
LE CHEVALIER
Je lui suis obligé d'avoir payé mes dettes.
VALENTIN
Vos obligations ne sont pas si parfaites ; Car avec Isabelle il vous a mis fort mal.
LE CHEVALIER
Il l'a vue?
VALENTIN
Oui, vraiment. Il est un peu brutal.
I. MouUs : même sens que dans l'expression • une écriture moulée •, régulière, parfaite.
Ainsi que j'ai tantôt eu l'honneur de vous dire :
Il a sur son chapitre étendu sa satire.
Et tenu, face à face, un propos aigre-doux.
Qu'on met sur votre compte, et que l'on croit de vous.
Isabelle est sortie à tel point courroucée...
LE CHEVALIER
Il faut de cette erreur détromper sa pensée.