ACTE PREMIER — 105 J'ai parlé, je me tais
GÉRONTE
Vraiment, c'est fort bien fait :
Qui vous a donc si bien afiSlé le caquet?
LISETTE
La raison.
GÉRONTE, à madame Argante et à Isabelle. De ses airs ne soyez point blessées :
Elle me dit parfois librement ses pensées ; Je le souffre en faveur de quelques bons talents,
LISETTE
Je ne sais ce que c'est que de flatter les gens.
ÉRASTE
Vous avez très grand tort de parler de la sorte ;
Je voudrais me porter comme monsieur se porte.
Il veut se marier ; et n'a-t-il pas raison
D'avoir un héritier, s'il peut, de sa façon?
Quoi ! refusera-t-il une aimable personne
Que son heureux destin lui réserve et lui donne?
Ah ! le ciel m'est témoin si je voudrais jamais
De sort plus glorieux pour combler mes souhaits !
ISABELLE
Vous me conseillez donc de conclure l'affaire?
Je crois qu'en vérité vous ne sauriez mieux faire.
ISABELLE
Vos conseils amoureux et vos rares avis. Puisque vous le voulez, monsieur, seront suivis.
MADAME ARGANTE
Ma fille sait toujours obéir quand j'ordonne.
ÉRASTE
Oui, je vous soutiens, moi, qu'une jeune personne. Malgré sa répugnance et l'orgueil de ses sens, Doit suivre aveuglément le choix de ses parents ; Et mon oncle, après "tout, n'a pas un si grand âge, A devoir renoncer encore au mariage ;
Et soixante et huit ans, est-ce un si grand déclin; Pour...
GÉRONTE
Je ne les aurai qu'à la Saint- Jean prochain.
LISETTE
n a soufiert le choc de deux apoplexies,
Qui ne sont, par bonheur, que deux paralysies ;
Et tous les médecins qui connaissent ses maux
Ont juré Gahen qu'à son retour des eaux
Il n'aurait sûrement ni goutte sciatique.
Ni gravelle, ni point, ni toux, ni néphrétique.
Ils m'ont même assuré que dans fort peu de temps Je pourrai de mon chef avoir quelques enfants.
LISETTE
Je ne suis médecin non plus qu'apothicaire. Et je jurerais, moi, cependant, du contraire.
GÉRONTE, has à Lisette.
Lisette, le remède agit à certain point...
LISETTE
En dussiez-vous crever, ne le témoignez point.
ÉRASTE
Mon oncle, qu'avez- vous? vous changez de visage.
GÉRONTE
Mon neveu, je n'y puis résister davantage.
Ah ! ah !... Madame, il faut que je vous dise adieu ;
Certain devoir pressant m'appelle en certain Ueu *.
MADAME ARGANTE
De peur d'incommoder, nous vous cédons la place.
GÉRONTE
Éraste, conduis-les... Excusez-moi, de grâce. Si je ne puis rester plus longtemps avec vous. (7/ s'en va avec son laquais.)