SCENE PREMIERE
VINCENT, dans la boutique, occupé à ranger les herbes sur la fenêtre.
11 ne fait pas encore jour... Et voilà déjà que j'ouvre la boutique. Pauvre malheureux garçon herboriste que tu es, va!... Infortuné Vincent! (u prend plusieurs paquets d'herbes.) Ici, ma camomille ! là, ma racine de guimauve ! . . . Oui, j e suis malheureux, car j 'aime. . . j'aime une jeunesse, et son père, M. Drouillet, sous prétexte qu'il est ancien marchand de draps et qu'il
a de la fortune, monsieur ne veut pas entendre parler de moi, ni en bien, ni en mal? (Avec indication.) Et un homme comme ça est sergent dans la garde nationale!... où allons-nous? où nous conduit-on? Qu'est-ce
que j'ai fait de mes tetCS de pavots? (Criant d'un air effrayé.)
J'ai perdu mes têtes de pavots! ah! non : les voilà!
(Quelques pavots roulent par terre, il marche dessus en voulant les ramasser.)
Allons, bon! v'ià que j'marche dessus à présent... Je foule aux pieds les choses les plus sacrées... Mademoiselle Sophie n'a pas encore paru à sa fenêtre... son père est de garde, ça me donne l'espoir que je pourrai jaser avec elle... (n sort de la boutique.) Mais il est si matin!... il n'y a de levé, dans la nature entière, que les laitières, les moineaux francs et les garçons herboristes ! . . . Voilà mon étalage fait ! maintenant il faut aller balayer la boutique ! autre turpitude !...