RIGAULT ET MADAME RIGAULT
Ah ! bon Dieu !
VINCENT
Trois mille calottes ! mais c'est une abomination : mais je vous admire, vous autres... vous êtes d'une tranquillité, vous êtes là, vous ne dites rien.
RIGAULT, désolé.
Eh ! qu'est-ce que tu veux que nous disions?
VINCENT
Trois mille calottes ! mais je me plaindrai à son ambassadeur. Comment? un étranger, un homme à qui on prête le sol de ma patrie pour se promener dessus viendra me faire faire des menaces aussi révoltantes par cette... Portugaise que je ne connais pas, je le jure !... (n îè™ les bras) et je ne sais pas pourquoi son scélérat de père veut me tuer, voilà la vérité.
FANNY
Il était fol, Prosper.
VINCENT
Encore Prosper.., à la fin, je m'insurge. Je veux me faire connaître à l'univers entier, (a Fanny.) Je ne suis pas le jeune homme que vous cherchez, je ne i. 37
suis pas le fils de cette maison-ici. Cette maison-ici m'est étrangère, je suis étranger à cette maison-ici !
MADAME MGAULT.
Que dit-il? ah ! monsieur Rigault, voilà que ça lui reprend !
RIGAULT, bas à Vincent.
Malheureux ! tu veux donc la faire mourir de chagrin.
VINCENT, hors de lui et frappant du pied.
Je n'écoute plus rien.
EIGAULT.
Mon ami, calme-toi.
VINCENT, gesticulant beaucoup et criant de toutes ses forces.
Comment! que je me calme... mais du tout, je ne me calmerai pas... je ne me calmerai pas... jo ne veux pas me calmer. J'aime mieux rendre l'argent. (D'un air déterminé.) Allons, allons, je rends l'argent...
(En tirant de son gousset le billet de banque et la bourse.) Je trouve
que ce n'est pas assez payé pour l'ouvrage qu'il y a... Me faire tuer pour huit cents francs!... merci, par exemple! J'aimerais mieux mourir de faim toute ma
VIO. (Offrant alternativement le billet et la bourse à Rigault et à sa femme.)
Qui est-ce qui prend l'argent? qui est-ce qui prend l'argent ? (11 le remet dans sa poche.) C'est un embrouillamini atroce. Je m'en vas, adieu!
Il re monte vivement la scène. Uigault le saisit par le bras» ÎUUAITLT.
Tu ne sortiras pas.
MADAME RIGAULT, au désespoir.
OÙ vas-tu, malheureux enfant, dans l'état où tu es?
VINCENT
Ain : l.i' luth ijulunt.
Où j' vas, «lit's vous .'... je n'en sais rien nia foi! Mais Dieu pi'ultV tM» JtNtt't gtM sans emploi,
L'KOSPfclK ET VINGBRT, 43o
Mon Ame noble et pur' n'en est pas attristée... Un tragique l'a dit dans un' pièc' fort vantée : Aux petits des oiseaux il donne la pâtée... 11 en gard'ra pour moi [tria).
Il remonte la accnc.
MADAME RIGAULT, le retenant.
Tu ne sortiras pas.
RIGAULT
Je te le défends.
Et de quel droit?
MADAME RIGAULT
Mon Prosper, écoute-moi.
VINCENT
Mais voilà justement ce qui a tout gâté... Vous me bombardez du nom de Prosper... mais je ne m'appelle pas Prosper; je suis Vincent...
RIGAULT, étonné et à part.
Vincent!...
VINCENT
Le malheureux, l'infortuné Vincent, garçon herboriste. Vous me dites que j'arrive d'Alger : je ne sais seulement pas où il demeure... (s'attendrïssani de plus
en plus et finissant par pleurer.) Voilà Un an que je Suis chez
M. Potard, faisant sécher de la fleur de sureau, et séchant moi-même de tendresse pour mademoiselle Sophie, qui demeure porte à porte; car, à la fin de ça, je n'y tiens plus... à la fin de ça.
H s'essuie le» yetw.
FÀWKY, à p:uf.
Oh! il avait le lièvre chaud.
RIGAULT, à part.
Mais ce qu'il dit là... il se nomme Vincent.
VINCENT, à Rigault.
Et si vous en doutez, demandez à mademoiselle Sophie; elle vous dira que je suis sans place, sans asile et sans le sou... (a madame Rigauit.) Et vous venez m'appeler Prosper... moi!... quel affreux calembour !
MADAME RIGAULT, à son mari.
Que dit-il?
RIGAULT, emmenant sa femme vers le fond.
Fais venir Sophie... il faut qu'elle nous dise...
MADAME RIGAULT, sortant par la porte à gauche.
Je cours la chercher...