SCENE VII les mêmes, CHARLOT, Gendarmes
CHARLOT
On assure, Monsieur, qu'en votre domicile Vous cachez un vaurien...
COMILVA.
Je ne puis le nier.
* CHARLOT
Il faut nous le livrer, il est mon prisonnier. Pardon, cher Comilva, si cela vous dérange, Mais il m'a fait des traits, il l'.iul que je me venge.
COMILVA, avec force.
Vous n'aurez rien du tout.
CHARLOT
Songez qu'un receleur,
Aux yeux de la justice, est pire qu'un voleur. Je veux mon prisonnier.
On entend MM maiique de clarinette et de grosse caisse comme pour
l'annonce d'un.' parade
HARNAL1. 91
COMILVA, montrant le premier portrait, à droite du spectateur.
Voyez, Messieurs, Mesdames, Balthazar Comilva, mon aïeul par les femmes; De la Ferté-sous-Jouarre il était échevin ; 11 mourut à Paris, Fan quatorze cent vingt. Vous y voyez ici son neveu Jean-Guillaume, Si fameux dans son temps, c'était un très-bel homme; Il était renommé surtout pour ses mollets : L'aspect n'en coûte rien, regardez, jugez-les. Plus haut est Jean Gribouille, un cavalier superbe, Et malin! C'est sur lui qu'on a fait ce proverbe Que vous connaissez tous. Vous y voyez ici Mon trisaïeul, bottier au carrefour Buci.
VOUS y Voyez ici... (A Quasifol, changeant de ton.)
Si j'avais ma baguette Ce serait plus commode.
QUASIFOL, lui passant une baguette, à part.
A-t-il perdu la tête?
CHARLOT
Je veux mon prisonnier! Avec tous vos rébus, Sommes-nous donc chez vous au salon Curtius? Je veux mon prisonnier !
COMILVA, frappant sur le cadre avec sa baguette.
Là, ma tante Isabelle...
CHARLOT, à part.
Va-t-il bientôt finir avec sa kyrielle?... Mon prisonnier!
COMILVA.
Voilà son fils, mort à deux ans, Colonel de dragons, sans avoir eu d'enfants. Otez votre chapeau, gendarmes!
Les gendarmes se découvrent.
CHARLOT
Je me lasse !
Je veux mon prisonnier! Avec tous vos...
92 HARNALI.
J'en passe, Et des meilleurs encor !
CHARLOT
Le mot est très-joli !
Et s'il n'en passait pas, quand aurions-nous fini?
COMILVA, frappant toujours avec sa baguette.
Ici vous y voyez Eustache, mon grand-père,
Mort à quatre-vingts ans, étant octogénaire
De son état. J'ai fait ombrager d'un tilleul
Son tombeau : c'est assez pour un homme tout seul.
Ici vous y voyez ma grand'tante Desloges,
Elle exerça vingt ans comme ouvreuse de loges
Au Théâtre-Français, et laissa trois eûfants,
Qu'elle avait élevés avec les petits bancs :
On y jouait souvent et Corneille et Racine;
On y parlait français (du moins, je l'imagine),
Et le théâtre alors gagnait gros, Dieu merci !
Les temps sont bien changés... et les pièces aussi!
CHARLOT
Je veux mon prisonnier!
COMILVA, ôtant son chapeau.
Cette dernière image, C'est votre serviteur, à la fleur de son âge. Vous ne l'auriez jamais deviné, je le crois; Je pense qu'il fut peint vers l'an mil huit cent trois; C'était bien mon habit, mon gilet, ma tournure, Mais il ne m'a jamais ressemblé de ligure : Ce n'est pas étonnant, c'est une occasion, Je l'achetai tout fail à l'hôtel Bullion.
cil LRLOT.
Nous sommes, grâce au ciel, au boni du catalogue, Je n'aurai plus de voix pour mon grand monologue. Depuis une heure enfin j»- suis las (\o crier; Pour la dernière fois : Je veux mon prisonnier!
IIAKNALI. ï)3
Il faut qu'on me le livre, ou que voire future Nous accompagne tous jusqu'à la Préfecture; Je vous laisse le choix. Voilà mon dernier mot : Ou vous, ou votre nièce...
COMILVA,
Eh bien! puisqu'il le faut, Prenez donc Quasifol. Allons, ma bonne amie...
CHARLOT
La chose est singulière, elle s'est endormie.
CQMILVA.
C'est qu'elle s'ennuyait.
CHARLOT
Vraiment?
COMILVA.
J'en suis certain.
Mais nous lui mitonnons quelque chose à la fin.
A Quasifol, en lui donnant des petits coups de baguette.
Allons, réveille-toi! réveille-toi, ma chère!
Autant vaut-il dormir que rester à rien faire.
COMILVA.
Tu vas donner le bras à notre ami Chariot.
QUASIFOL.
Mon rôle est d'obéir sans jamais dire un mot.
Ils sortent. Comilva prend un énorme bâton qui était caché dans un coiu.
COMILVA.
Maintenant, sur le drôle, exerçons ma vengeance. Sors!
Harnali parait.